Il était une fois, la SNCF (est ton Amie)

P1050117Chère SNCF-est-Ton-Amie

Tu es vraiment sympa, toi, et tu crois en l’adage « Les voyages forment la jeunesse… » (et pas que) Peut-être même que tu l’as soufflé à l’oreille du philosophe, je vois bien ça, l’esprit SNCF par une bizarrerie temporelle qui inspire le gars Michel de Montaigne.

En outre, tu es la cousine du Transsibérien et ça on a tendance à l’oublier dans l’hexagone.

Pas toi.

Toi, tu peux convertir 558 kms en 12 heures de voyage. Et toc.

Toi tu es un Maître Zen, tu enseignes à tes élèves (même ceux qui se sont pas inscrits au stage) la valeur de la patience et de l’équanimité. Tu réserves des surprises, des petits pièges sympas, tu nous concoctes des jeux de pistes. Krishnamurti et consorts peuvent aller se rhabiller…

Bon j’avoue, j’y suis aussi pour quelque chose, c’est quand même moi qui veux partir en Camargue. Départ mercredi, un Bayonne-Le Grau-du-Roi en 7h30 et deux correspondances. Le voyage se déroule presque sans histoires, juste un petit retard qui me fait louper le dernier train, gagner une heure et un bus en prime. Sans aucune excuse ni précision.

Faut dire que les excuses et les précisions ce n’est pas ton truc, mais alors vraiment pas ! Tu as autre chose à penser. Aiguiller les trains, former la jeunesse (et pas que) regarder passer les vaches, réfléchir à des slogans ou changer de nom (Oui-oui…)

Bon, il se trouve que je dois avancer mon retour à vendredi. Plouf-plouf, ça tombe un jour de grève, forcément j’avais des chances de gagner vu que tu as aussi créé l’adage du gruyère avec ta grève perlée !

Moi non plus j’ai peur de rien, chère SNCF-est-ton-Amie.

On m’envoie mes billets tout beaux tout frais. Le Grau-du-Roi-Nîmes-Bordeaux-Bayonne. Carrément. Je pars à 11h50, alors j’ai le temps. J’ignore encore que Toi et la notion temporelle ça forme un truc très relatif (Tu connais Einstein, je parie…tu l’as inspiré aussi?)

Vendredi, jour J

Déjà tu me réveilles à 7h par sms pour me signaler que mon wagon du 4762 a disparu, mais pas le train (petite veinarde), faudra monter en voiture 6. Ouichef bienchef !

C’est vrai que je comptais faire un genre de grasse mat jusqu’à 8h30 parce que la veille j’ai passé une journée crevante/super excitante/géniale mais c’est pas Ton problème. Toi tu aiguilles. J’avais qu’à pas faire la fête la veille au soir.

Je me mets en route à 10h. D’abord parce que je dois quitter l’hôtel, ensuite parce que… je sais pas… un truc qui flotte dans l’air, un genre de pressentiment, tu vois ?

Sauf que je flâne un peu trop quand même, genre j’arrive à la gare vers 10h45. Rideaux de fer et tout et tout, mais guichet ouvert quand même vu qu’on est vendredi, jour de grève perlée (T’es poète, Toi, tu sais…)

Je demande où s’arrête mon train numéro1.

Nulle part, répond la guichetière, pas de train numéro 1. C’est la grève.

Ah oui. Mais hier, Ils ont vendu un billet, je rétorque. Peut-être, on me réplique, mais faut pas acheter sur Internet, c’est moche. Faut se rendre au Guichet. Même si t’es occupé à bosser. On s’enfouts’entape. Même si c’est de Paris qu’on a réservé ton billet. Rien à Cirer. Un billet ça s’achète direct et Là, seulement Là, on te dira qu’y’a pas de train n°1 qui circule. Nada. Peau de balle.

Et alors je fais quoi, moi ?

Ben tu prends le bus. Là bas, sur la droite. Pancarte jaune. (et démerde toi)

Ok. Je suis zen. Sauf que le bus de 10h25 est déjà parti et que le suivant rejoint Nîmes 10 minutes avant le départ de train n°2. Et ça, ça sent vraiment mauvais… Y’a des embouteillages, les feux vicieux, des freineurs et un tas de trucs qui peuvent changer la face du Monde.

J’ai une inspiration. Sur le dos de l’imprimé de mes billets, avec mon rouge-à-lèvres j’écris ton nom, Lib…heu, pardon, « Nîmes ».

Ensuite je me poste vaguement dans ladite direction.

Y’a 2 jeunes à l’arrêt de bus qui se sont fait avoir pareil. Elles ont les yeux écarquillés. Leur front clignote « Elle est dingue ». Quand je leur propose de se joindre à moi, elles refusent horrifiées mais rigolent à moitié. Comme les gars du café en face. Et les automobilistes. Z’ont pas l’habitude.

J’attends. Dix minutes, un quart d’heure. J’ai droit à deux compliments sur mon sourire (je suis une grande sourieuse, SNCF-mon-Amie, tu comprendras pourquoi je souligne la chose)

Bingo. Après 20 minutes de posture « Je suis Gentille et je vais à Nîmes » un genre de véhicule s’arrête, deux femmes à l’intérieur (j’aime les femmes, définitivement, pour leur courage, leur compassion, leur solidarité). Elles vont à la gare, en plus ! La radio grésille à fond, avec quelques éclats de musique braillante au gré du réseau, le bolide fonce, il fait beau, chaud, j’aime la Vie.

J’arrive largement en avance pour train N°2 (celui qui a perdu son wagon).

J’aurais pas dû me presser. Et même prendre le bus de midi. Parce que Train2 a du retard. Oh, allez, pas tant que ça, un bon quart d’heure, c’est quoi un quart d’heure dans la vie ? Rien. Beau de balle. Nada.

Heu, ben c’est juste le temps de ma correspondance pour choper train n°3.

Au guichet, je vois bien que je le fais chier le guichetier. Lui, il est pas là pour pinailler. Au pire, je peux prendre le train pour Paris et ensuite repartir sur Bayonne. Ou le TGV suivant, à Bordeaux, celui de 20h02. Ça fera un peu plus long, d’accord, mais j’ai une chance d’arriver alors je vais pas me plaindre. Il ne le dit pas explicitement, il le pense seulement très fort et son front clignote et moi je suis experte en front clignotant. (et toc)

Ok. Je suis une fille souriante. Cela fait quelques années que j’ai décidé de pratiquer le lâcher prise. J’aime Einstein, la poésie et l’amabilité. Et puis peut-être que le train2 rattrapera son retard. On sait Jamais.

Dommage, y’a pas de chapelle ni de cierges. (une idée pour toi, gratos, SNCF-Amie, pense à tes clients superstitieux, érige des petits autels-à-voeux)

Dans le wagon 6, j’occupe sans le savoir le siège d’une jeune fille charmante qui décide de rester ma voisine collé-serré. Elle panique à l’idée que le train ne stoppe pas à Toulouse parce qu’il a changé de numéro. Je la rassure. Même avec un faux numéro, la rame a l’air d’être vraie. Tout le monde se retrouve à jouer au jeu des places musicales. Forcément, puisqu’il y a un wagon en moins, mais c’est pas grave, le voyage est distrayant. Improbable même. Par exemple, il y a une Employée qui pousse un chariot à sandwichs plus gros qu’elle (le chariot) elle passe une fois, deux, trois fois en une heure, précédée par une annonce de promotion. Au micro ils te parlent pas retard, ils te causent promo, y’a même une réduc de 50 % sur les croissants et la bière. Je songe vaguement à l’état du feuilleté (j’ai l’esprit mauvais, parfois).

Nouvelle annonce. Vente Flash de glace Fraise soldée. Là j’ai un moment suspendu. Un vrai, tu vois ? Jamais je n’avais entendu parler de vente de crème glacée fraise, sur un intercités en plus.

Ensuite je vais aux toilettes. C’est peut-être un raccourci mais celle de droite est totalement bouchée, avec des étrons qui flottent. Je pense Glace frelatée. Je retourne à ma place. J’ai plus faim.

Et l’improbable se produit, en dépit de 2 ou 3 petits arrêts en rase campagne, l’Intercités y se prend pour un TGV, il arrive à l’heure, 18h26.

Alléluia ! Gloire à Toi, SNCF-est-ton-Amie. Je t’aime. Et tout et tout. Même si ça commence à peser, mon bagage -trop gros- mon ordi, 4 bouquins, mon sac de fille, la chaleur…

Ahahahah.

T’as pas dit ton dernier mot! Tu fais même une nouvelle annonce. Y’a eu un accident voyageur. Donc les trains sont retardés du côté d’Arcachon. Or Arcachon c’est sur la lancée de Bayonne.

J’ai l’esprit mauvais, des fois. Je pense,  tu donnes aussi des envies de suicide, c’est pour ça.

En patientant sous le panneau des annonces, je papote avec une dame paumée, un peu âgée, qui a loupé le précédent train (et qui n’aurait pas dû). Elle décide de rester avec moi et on part en quête de renseignements, mais il n’y a pas d’Employé, aucun uniforme à l’horizon. Planqués, je pense. Mon Amabilité vacille. J’aide la dame à porter son sac-lourd- et faute d’Employé, on cherche une place assise.

Annonce pour le train, Voie A.

On y cavale (enfin, relativement au poids-bagages/âge des coureuses). Beaucoup de monde déjà qui patiente devant une rame aux portes fermées, vide. Je me mets en pôle position. La dame doit s’asseoir à tout prix. Déjà, elle n’a pas trouvé les toilettes.

Attente. J’ai oublié la notion de l’heure, je suis dans un temps suspendu. Poésie quand tu nous tiens…

Nouvelle annonce. « Les voyageurs doivent descendre du train (y sont tous devant, t’as fermé les portes!, je pense) et se rendre Voie 4 ». Et démerde toi pour trouver, je conclus.

On re-galope. J’ai les bras qui lâchent mais je veux retrouver une pôle position.

La Voie 4 est vide. Pas grave, on se poste sur la bande à picots.

Le TGV d’avant, qui a 2 heures de retard, part. (je vous le fais en très raccourci) et le nôtre s’avance, tel un mirage dans les 10 commandements.

Ma copine et moi on trouve 2 belles places côté fenêtre et l’attente recommence. O temps suspends ton vol. La SNCF est une Muse. Un Maître Gourou. Un aspirateur de particules. Trou noir. (Einstein, on t’aiiiime)

Aucune indication horaire, sauf le lancinant « accident de voyageur ». Genre c’est pas Ta faute, SNCF de mes fesses, c’est celle des vilains usagers, je pense. Mon Amabilité gît par terre, comme une flaque.

Des jeunes ont posé leurs sacs, très fatigués (les sacs) sur des places, au fond. Trois jeunes, six places. Ça me démange de les engueuler, faute d’Employé à casquette. Une mère monte avec sa fille, deux ans et demi à vue d’œil. Je frémis intérieurement, littéralement. J’aime les enfants mais là non. Là je pourrais tuer une vache à mains nues.

Nouveau miracle genre 10 commandements. Ma voisine est la mère Idéale. Attentive à ne pas déranger les voisins et Louise, son petit bout, s’avère être drôle, belle, charmeuse, déterminée (et tout et tout)

On sourit de toutes nos dents dans le train à l’arrêt. Maman Idéale prend même Louise sur ses genoux pour laisser une jeune fille s’asseoir, du coup je décide d’étendre la solidarité aux places des sacs fatigués, je fais signe à des voyageurs debout.

On attend. Le TER doit s’arrêter à toutes les gares depuis l’invention du chemin-de-fer mais en gros, il faut tabler sur deux heures de trajet. Plus une heure et demi de retard.

La rame s’ébranle. Personne n’applaudit mais on pourrait. Mauvaises langues, on échange sur nos expériences (euphémisme pour galères). Maman Idéale raconte qu’elle a eu une prune parce qu’elle est montée dans un train qui n’était pas le sien, (supprimé pour cause de grève). Moi, à sa place, j’aurais tué l’Employé à mains nues, je pense.

Le trajet va durer deux heures et demi. C’est quoi dans une vie, presque rien, peau de balle, nada ! C’est vrai, sauf quand tu approches les 12 heures de trajet, que t’as pas mangé -rapport aux toilettes bouchées- à peine bu et que personne ne propose plus rien (on est dans un TER, pas dans un palace des Bahamas, ahahah)

On rigole avec Louise qui entend des chouettes et voit des sorcières dans le ciel. Je lui montre la lune (« oui, la nuit tombe Louise, c’est marrant la nuit quand l’éternité dure longtemps! ») maman Idéale joue, chante, calme Louise qui conduit un genre de véhicule sur ses genoux (plus vite que ce tortillard, je pense)

Le train stoppe à deux reprises en rase campagne. « Interdiction de descendre », qu’ils disent. T’as peur qu’on saute sur la voie en hurlant à la lune, je pense, tu nous prends pour des loups sauvages, SNCF ?

Louise et sa Maman descendent à Dax. Juste avant, elles m‘ont offert une salade Taboulé Poulet, parce que je suis pas sûre d’avoir grand-chose à la maison.

Ma copine au sac lourd doit aller à Biarritz. Son mari l’attend déjà -sacré optimiste !- et vu que mon amoureux a acheté Thaï -il vient de me textoter- je lui propose le taboulé-poulet.

J’ai cessé d’attendre. Mes filles, Anne, Catherine, on m’encourage par texto. Tous suivent mon périple depuis le matin.

Dans une autre vie, j’ai été Grand Reporter.

Je descends à Bayonne, j’ai les jambes qui flageolent. Demain, j’ai promis d’écrire une chronique. Il était une fois, la SNCF…

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Loup y-es-tu?

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D’abord j’ai cru à un hoax, une nouvelle pour site fascisant. Pas en France. En France on ne vend pas les filles à un vieux mari. On ne donne pas à marier la victime au violeur. On n’excise pas.

11/28 l’équation impossible.

« Une jeune fille jugée consentante après une relation sexuelle. Poussée à faire une fellation puis à subir une pénétration » je lis. Or les mots ont un sens, en dépit de l’insensé.

Jeune fille, à 11 ans.

A 11 ans on est une gamine, une môme, une petite chérie. On peut être stupide, faire des moues de canard, aligner les selfies, jouer avec le feu sans croire aux conséquences, on reste une gosse. 11 ans ce n’est pas être une jeune fille. Le terme employé par les magistrats puis repris par les journalistes est déjà abusif. Et l’abus, il n’y en a que trop dans cette histoire.

Parce qu’à 11 ans on ne décide pas de faire une fellation. Et on ne se laisse pas pénétrer. On se fait violer. Ni plus ni moins. Et toutes les justifications du monde ne changeront rien à la réalité.

Et le violeur peut faire plus jeune que son âge, 28 ans, et la gamine peut en paraître deux de plus, on s’en fout. Il y a une ligne rouge au-delà de laquelle il n’existe pas de justification ni de circonstances. Et si on franchit cette ligne, qu’on soit bigleux, pervers, inconséquent ou totalement immature on devient un violeur, ni plus ni moins. Après on peut prendre un avocat et invoquer toutes les explications du monde. On même être un sombre connard et tenter de se faire passer pour un ado attardé, chacun sait de quoi il s’agit, la ligne est clairement dépassée, le viol est avéré.

Le gars de 28 ans, il paraît qu’il a deux enfants. Des vrais ceux là, on imagine. En tout cas on espère pour eux. Toutes mes condoléances.

Les magistrats qui ont tranché pour qualifier l’agression d’atteinte sexuelle ont peut-être des mômes, des vrais, eux aussi, des enfants bien protégés qui jouent à des jeux sages, qui ne disent pas de gros mots, qui ne jouent pas avec le feu et qui se défendraient au lieu d’être tétanisés face à un satyre, des enfants qui n’auraient pas assez peur pour se taire et qui ressentiraient de la colère plutôt que de la honte -parce qu’un gamin qui s’est mis dans la gueule du loup tout seul et qui ne sait pas comment s’en dépêtrer ressent ce genre d’humiliation paralysante…

Des gosses privilégiés et pas des gosses de la cité. A croire que ce n’est pas tout à fait pareil, qu’il y a des degrés d’innocence.

A croire que la jurisprudence est inique. Scélérate. Parce qu’en 2005 elle décide qu’au delà de quatre ans et demi on doit pouvoir dire non en cas de viol ou d’inceste, sans quoi on prend le risque d’être d’accord. En France.

C’est drôle parfois l’actualité. Mes yeux tombent sur 2 autres nouvelles, ce matin. Révolution en Arabie-Saoudite. Le peuple a pris le pouvoir ? Non. Les femmes ont le droit de conduire. A ta santé, Simone !

Et puis l’autre nouvelle, en Belgique cette fois. Sur les campus, une campagne publicitaire invite les étudiantes à se prostituer.

Culture du viol, vous avez dit ?

illustration Marjolaine Leray

Femmes, mes sœurs

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Je n’ai quasiment rien lu sur l’affaire « Burkini ». Pas voulu. Overdose avant même de commencer. Comment camper sur une position ? Prendre la posture philosophique ? Pragmatique ? Laïque ? C’est le genre de sujet qui ne se règle pas d’un oui ou non tranchant. Tout est inextricablement mêlé.

Je hais les carcans qui enferment les femmes, mes sœurs. Marre à la nausée de les voir stigmatisées, désignées comme Éternelles coupables, Éternelles tentatrices, forcément blâmables. Femme, son cul trop ci ou trop ça. Son utérus en question. Ses cheveux trop longs, sa peau de pêche, ses hanches qui roulent, sa bouche qui rit… Et ses émotions qui la rendent impropre aux choses de la Cité, et tant de bêtises plus ou moins argumentées, tant de violences…

Je hais qu’aux femmes, mes sœurs, on impose des diktats, certains établis dans la loi, d’autres établis par la coutume et parce que flottent toujours des relents de patriarcat ou de misogynie, et l’Europe n’en est pas exempte, même si l’intolérable se trouve plus souvent ailleurs.

Je hais les voiles imposés, et je suis très perplexe que certaines femmes, mes sœurs, choisissent librement de se dissimuler, mais je ne me sens pas le droit de choisir pour elles. Et je ne crois pas qu’on règlera la chose dans un débat hystérique (je signale en passant qu’hystérie vient d’utérus, un trouble considéré comme féminin depuis Hippocrate jusqu’à ce bon vieux Charcot, ce qui nous fait quand même quelques siècles de dogme douteux !)

Je regrette que ces femmes, mes sœurs, choisissent le voile pour sa valeur religieuse –qui serait surtout une coutume Wahhabite, si j’ai bien compris- plutôt que de se dévoiler pour marquer leur liberté, par solidarité pour celles qui n’ont pas le choix et qui subissent la Loi du plus fort (l’homme Éternel, à l’image du Tout-Puissant masculin, car il est loin le temps des Déesses Mères !)

Je ne suis pas naïve, la violence faite aux femmes n’est pas le seul fait des hommes. Il y a des mères qui font perdurer l’excision et celles qui enseignent la soumission. La violence faite aux femmes est affaire de tous, partout, dans les petites choses comme dans les grandes, elle est affaire de conscience et elle requiert de la douceur, car on combat mieux le froid avec le chaud, le dur avec le tendre.

Et si, pour une fois, au lieu de polémiquer à l’infini on en profitait pour réfléchir en profondeur sur le sort fait aux femmes en ce monde ? Si, plutôt que de verbaliser, on allait confronter nos interrogations ? Si on prenait le risque de se rapprocher assez près pour parler et écouter l’autre ?

Il est grand temps d’aimer les femmes. Les aimer comme on aime les Hommes et le Monde, sans restriction ni condition, les aimer libres et entières.

Nu bleu  Matisse

Sous les ailes d’Hegoak

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Les Fêtes de Bayonne se suivent et se ressemblent : démesurées, joyeuses… Celles de 2016, pourtant, font exception. Plus belles encore, je crois, elles resteront dans les cœurs comme un souvenir à part, avec des notes inédites…

Il y avait moins de monde cette année. On circulait dans les rues beaucoup plus aisément, Arno, un ami festayre, m’a rapporté que pour le déjeuner du vendredi, souvent dédié aux entreprises, on ne faisait pas la queue, contrairement à l’habitude. Sur le pont St Esprit barré de plots bétonnés, la foule des badauds avait laissé la place à un flux nettement plus clairsemé… Indéniablement, il y a eu des défections parmi les touristes, beaucoup moins de jeunes venus boire immodérément (ça, ce n’était pas plus mal !) et pour ma part j’ai retrouvé un petit air de Foire au jambon qui ouvre la saison, en avril, où l’affluence concerne essentiellement les gens d’ici.

Dès mercredi, au-delà la fraternité habituelle qui unit les festayres et ce goût des réjouissances si particulier aux gens du Sud-Ouest, on sentait une volonté bien réelle, une détermination à faire la fête en conscience. On venait là célébrer la belle coutume, fraterniser et rire, boire et danser, mais on venait aussi pour ne pas céder à la peur, et en pensant à ceux qui avaient été frappés de plein fouet. Tous ceux que j’ai croisés affichaient cette énergie et un sentiment de solidarité plus net, plus volontaire. Ça vous filait le frisson, parfois, cueilli en plein refrain d’Hegoak, à voir ces visages éclairés de ferveur. Hegoak, l’hymne basque, parle d’un homme tombé amoureux d’une femme-oiseau symbolisant la liberté et dont l’envol est source de vie ; par amour, il renonce à lui couper les ailes.

Frisson aussi de voir sur les toits de la mairie, à côté des statues aux foulards écarlates, deux silhouettes de snipers découpés sur le ciel. Il était curieux ce sentiment d’être à la fois protégés et exposés, ce mélange paradoxal de lucidité et de lâcher-prise, de gravité et de joie obstinée. Oui, on y a tous pensé à cet inattendu possible et aux tragédies qui ont endeuillé notre pays, on y a pensé mais on était ici pour témoigner que l’unité et l’amour d’une terre valent bien qu’on se tienne debout, joyeux, résolus, vivants.

Hier, dimanche, c’était encore plus magique. Dès midi, j’avais rendez-vous avec Anne, Christelle et la bande des sœurs –Corinne, Nathalie et Sandrine. On a commencé par un apéro rue Ste Catherine, à la Spiritaine, puis on a filé place de la mairie, au bar du Théâtre pour manger. L’averse n’a découragé personne, on s’est davantage serrés sous les parasols, de toute façon, selon mes amies basque, une fête de Bayonne sans averse, ça n’existe pas. Étienne et Thierry sont arrivés pour le dessert et on a rejoint la peña Cacao, coincée entre les remparts où la foule en rouge et blanc se pressait en plein air, au rythme d’une bande-son  éclectique ! Sur le plancher posé sur l’herbe, l’affluence était telle qu’on avait peu de chance d’éviter quelques projections de bière et de rosé, quelle importance, cela fait partie du jeu, et les espadrilles ne survivent pas toujours à l’exercice. Au passage, j’ai récolté des compliments à faire rougir sur ma robe « cerises » qui restera désormais ma tenue des fêtes, tant elle a fait l’unanimité !

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On repart en direction du petit Bayonne, histoire de rentrer doucement, il est 19h passé, Thierry se lève super tôt demain mais c’était sans compter Stéphanie, croisée au Trinquet St André, où, malgré la cohue, quelques-uns trouvent l’énergie d’esquisser un rock forcément acrobatique. Pas question de rentrer avant le « dernier verre », Stéphanie veille au grain, on doit passer à la Treille, obligé, d’ailleurs il y a Pascal et puis Manue, et aussi Marie-Noëlle accompagnée d’un écrivain, comme moi. Stéphanie , c’est le comble de la Festayre. Chaleureuse, enthousiaste, une fêtarde au beau sens du terme. Curieuse, je lui demande « Tu la connais depuis quand, Marie-Noëlle ? » « Un quart d’heure ! Et elle est du quartier ! » (St Esprit, où nous habitons tous).

Voilà en trois mots l’esprit des fêtes. On se croise, on se bouscule et on s’en amuse, on lie connaissance, on trinque, on entonne des refrains avec plus ou moins de réussite (chaque fois je me promets d’apprendre par cœur Hegoak) on se sourit et les amis de mes amis forment une longue chaine de Festayres, la vie est belle, aussi simple qu’un sourire. Marie-Noëlle résume ça joliment quand elle dit: « ce sont les petits bonheurs qui font le grand bonheur »…

A la Treille, malgré les kilomètres de déambulation et les verres de rosé, je danse quelques rocks, emmenée par le beau Pascal. Accoudé au comptoir, je reconnais Daniel Herrero, une figure locale (rectif: Non, ce n’était âs Daniel Herrero, mais un genre de sosie, au temps pour moi!) Serge, l’écrivain, a fini par arriver, on nous présente et nous voilà partis à causer préférences, Céline,  Proust, Thompson pour lui, Dostoïevski, Faulkner, Mankell pour moi. Après quoi, un petit rock pour se remettre d’aplomb et un verre d’eau, si, si, pour finir en beauté !  S’il n’y avait le réveil matinal, je pourrais continuer encore des heures, portée par la magie des Fêtes.

Tard dans la nuit, après le feu d’artifice, au moment de la clôture, la foule entonnera une Marseillaise avec un cœur gros comme ça. Et moi, je m’endors avec le sentiment d’avoir vécu mes plus belles fêtes, emportée par les ailes d’un oiseau-Liberté.

Balkany, Poussin, et les petites anomalies qui font tâche

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Aujourd’hui, dans un souci de Paix et d’Harmonie, on évitera les sujets à Grandes Tirades sur les Casseurs qui cassent et les policiers qui cognent (pas tous, évidemment, Poussin, on est en France démocrate, seulement les gros distraits qui se gourent parfois dans le feu de l’action en voulant choper des casseurs à cagoules genre « Tu me vois pas », et qui, à la place, attrapent des gens au pif : étudiants, jeunes trop jeunes, vieux-ne-faisant-pas-son-âge, gars à tête de CGtiste tendance moustachu (très couru à gauche, la moustache, Poussin) journaliste free-lance genre infiltré, etc, la liste est pas exhaustive.

Pour détendre l’atmosphère, on va plutôt causer Balkany et anomalie (ça rime, Poussin, mais pas sûr que cela ait un lien de cause à effet. A moins que…)

117 millions indument dépensés  = anomalie de gestion, en politique. (Parfois, les euphémismes ont du bon)

Steak volé= un mois de prison ferme, en France-qui-en-a-marre des détourneurs de biens privés.

Bon, je sais, c’est moche de tirer sur des ambulances avec des comparaisons pourries. En même temps, Poussin, le Balkany, il a pas exactement la tête d’un samaritain qui courrait comme un dératé pour aider son prochain. Et si c’était une ambulance, elle aurait les pneus chromés de diamants (à ce propos, si tu veux frimer, tu peux toujours te fournir chez  Z Tyre ; le jeu de quatre pneus sera à toi pour la modique somme de 530.000 euros !)

Bien sûr, c’est une métaphore, Poussin.

Passons plutôt à la question quizz : si tu étais soupçonné d’abus de biens sociaux et autres détournements sympas, que tu étais un homme public/politique/élu et que tu te représentes à l’investiture de ton parti (au pif les républicains avec majuscule, mais ça m’enquiquine alors j’en mets pas) bref, si tout ça-etc,  aurais-tu une chance de la décrocher, ton investiture, dans un pays où tout le monde râle après les détournements, les traitements de faveurs, les niches fiscales, les privilèges, les politiques et les Tous pourris ?

Réponse vraisemblable : Non, aucune, pas la queue d’un Mickey. Les concitoyens ne sont pas si naïfs (euphémisme, Poussin ;)) Y’a des idéalistes, des râleurs, des cohérents, des réalistes-cyniques qui sentent bien que le vent tourne, des calculateurs qui calculent bien que ça finira par coûter cher aux contribuables Levalloismachin chose, et un tas d’autres gens qui n’en pensent pas moins. Pas en France avec cette révolte qui gronde, ces rêveurs qui  restent debout la nuit, les électeurs qui en ont marre de payer trop d’impôts pendant que des grosses sociétés se dorent la pilule à Hawaï (métaphore pour paradis fiscal) ou ces Cgtistes qui rappellent un peu trop au gouvernement qu’il est à Gauche, à moins que la dérive des continents ait encore frappé…

Réponse réaliste : ben si. Investi monsieur B, congratulé, écouté, réélu, tout ça au principe de la présomption d’innocence. Évidemment, Poussin, la présomption c’est l’argument pour la façade. Un bon gros principe genre ravalement vite fait bien fait, du vernis que tu éviteras de rogner, merci, on est pas au PMU et ça part au grattage!

Les autres raisons, les vraies, celles du dessous, sont politiciennes. Et là, t’as tout dit, Poussin. La raison politicienne est en train d’expliquer le Monde à tout un pays et pour tout un tas de sujets. C’est un peu comme la javel, c’est universel et ça désinfecte. Sauf que la raison politicienne commence sérieusement à virer au concept de ma grand-mère (cf : je parle des trucs éculés, genre : les filles c’est mauvais en maths, les garçon ça pleure pas, le baume du tigre ça te soigne une pneumonie, etc.)

Alors, à force (forcément) on finit par se demander…Tous ces braves politiques, élus ou pas,  et probablement pourvus  d’un QI  très impressionnant,  ont peut-être confondu réalisme et réalité. Hey, les gars, le dico c’est pas fait pour les chiens ! Y’a même des philosophes de votre glorieuse jeunesse à l’Ena qui ont dû en causer!

Réalisme politicien = la Fin justifie les moyens.

Réalité, selon Wiki = l’ensemble des phénomènes considérés comme existant par un sujet conscient. En gros, les choses perçues par le gars lambda, qu’il soit politicien, charcutier-traiteur ou danseuse au Crazy Horse.  Ou, si tu préfères, les perceptions concrètes par opposition à ce qui est rêvé (genre, un monde où tout le monde s’aime et partage  « les anomalies ».)

En même temps, n’en déplaise à Wiki qui se méfie des rêves, si on tend l’oreille entre deux fracas de pavés lancés par des crétins, on l’entendra arriver la nouvelle réalité. Rêvée ou espérée, elle est nécessaire, vitale, et elle parle du Monde et des hommes que nous sommes, avides d’équilibre, de justice, d’amour et d’eau fraîche.

Tu as remarqué, Poussin ? (intervention métaphorique 😉 ) Ceux qui crient le plus fort que rien ne change jamais sont rarement ceux qui tentent quelque chose. Et il y en a des trucs à bricoler au lieu de se péter les cordes vocales en gueulant « tous pourris » !  Faire du bénévolat, signer des pétitions, s’engager, défiler (sans moustache), sourire à son prochain, cultiver son jardin…

Ou déposer dans l’urne un bulletin tout con qui dit « Non, merci, pas cette fois ! »

Édition/Auto-édition ou le faux-débat qui cache la forêt

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C’est un débat, tiré d’un article sur le mur de Sophie Sophielit qui m’a poussée à prendre ma plume histoire de tailler 2,3 costards aux idées reçues…

J’ai commencé à écrire à l’époque antédiluvienne où on se démerdait seul, on envoyait aux éditeurs, on priait beaucoup et on se ramassait régulièrement. A chaque refus on rangeait les textes au cimetière des éléphants ou bien on les brûlait histoire de jouer les phœnix. Sans compter les cierges, les incantations, et l’affût du facteur… Bon, là je parle vraiment de la préhistoire.

Le chemin a eu le désavantage de rendre l’écriture plus ardue, la solitude plus noire mais, bon an mal an, il a eu l’infinie bonté de me rendre endurante, exigeante et d’aiguiser mon œil. J’ai appris à jeter sans pitié. Je suis devenue juge et partie, parce que j’avais compris au moins une chose, à force d’échecs et de petits succès : pour un postulant auteur ce qui n’est pas abouti n’a aucune chance de passer.

Mes premiers succès je les ai connus comme nouvelliste. C’est un recueil primé qui m’a ouvert la porte de l’édition. Autant dire que je me suis crue arrivée en Olympe, chez mes petits copains les dieux ; en réalité j’avais gravi une marche, la première.

Je n’ai jamais cessé de traquer les faiblesses, de retailler mes textes et de ré-écrire impitoyablement dès lors que quelque chose ne fonctionnait pas. Dans mes tiroirs il y a des pièces, des bouts de romans ou des récits achevés, des débuts éclatants qui n’ont pas trouvé leur issue. Ce n’est pas grave, cela fait partie du travail d’écriture. Parfois je n’envoie même pas un manuscrit que je juge dissonant.

L’auto édition est un choix honorable mais c’est aussi un raccourci pavé de pièges et l’illusion qu’on est écrivain parce qu’on a été au bout d’un texte. La tentation de garder « parce que c’est quand même pas si mal dit », parce que ça a coûté de la sueur, parce que c’est nécessaire pour soi ou parce qu’il y a des merdes publiées (!!!) etc, etc.

Les raisons sont légion. Pourtant l’écriture n’a pas vocation à être un pansement de l’être, une raison sociale ou un joli profil FB. Elle a vocation à dire et raconter et son auteur s’efface derrière cette impérieuse nécessité.
Ce n’est pas lui, suant, doutant, parfois enthousiaste, parfois désespéré, qui tient le devant de la scène, c’est le texte, l’histoire ou la théorie.

L’époque et les outils nous le font parfois oublier ; écrire est exigeant et ce ne sont pas les credo nourris aux like ni les selfies « Moi et mon Stylo » qui font l’auteur, plutôt l’endurance qui consiste à retourner chaque jour à sa table, habité d’une folle conviction. Écrire…

Loup blanc, loup noir

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Que fuyons nous à l’extérieur? La peur? l’étranger? Cette terrifiante différence? Pourtant il n’y a rien qu’on ne retrouve en soi, à l’intérieur. Si nous résonnons -d’amour, de crainte, de dégoût- c’est qu’en nous se trouve un écho qui joue les tambours. Un écho bien planqué dans un repli du cerveau reptilien ou carrément installé dans le lobe frontal, ce raisonneur…

C’est vrai que parfois on a l’impression d’être cerné. Trop de douleurs partout. Trop de dangers, la terre qui menace, la crise économique et la haine des radicaux sans nuances, vidés de raisonnements, sans cœur. Ils ont la rage et toutes les justifications du monde à la bouche. Et leurs cris assourdissent.

Le mot courage vient du mot cœur. le courage de l’homme ce n’est pas de prendre un fusil en rêvant de mort. Pas plus que de gesticuler à une tribune pour attiser les haines. le courage ce n’est pas d’écouter le plus facile, le plus immédiat, la colère brute et la peur panique.

Le courage c’est d’aller regarder en soi et tirer le meilleur. Essayer de ne pas haïr. Comprendre. Et ce sont des hommes comme Mandela, King ou Gandhi qui l’incarnent. Des anonymes aussi, qui vont à contrecourant de la pensée toute faite (Yaka bâtir des grands murs/trier les hommes comme des petits pois/rester chez soi/il y a toujours un plus petit que…) comme cette dame qui clame l’amour des autres, ces rescapés qui refusent la vengeance pour ne pas s’empoisonner. Eux nous font rêver.

Les petits Colériques-haineux-vindicatifs nous font rétrécir.

Une légende amérindienne raconte qu’un enfant va demander justice à son grand-père après une dispute avec son frère. le vieil homme l’écoute patiemment mais au lieu de prendre parti ou de le consoler il lui dit:

Parfois, moi aussi il m’est arrivé de me mettre en colère contre celui qui m’avait blessé. Je voulais le voir souffrir et je m’épuisais à le détester alors que lui, pendant ce temps, ignorait ce qui se passait en moi. Le poison de ma haine ne l’atteignait pas et j’ai fini par comprendre une chose: chaque homme porte en lui deux loups qui luttent à mort.  Le premier loup est bon et vit en harmonie avec le monde. il est la joie, le partage, la paix, l’amour et l’espoir. Le second est mauvais, fou et orgueilleux. Il est la peur, la rage, la frustration, la jalousie et ne connaît ni la pitié ni l’apaisement, jamais, et sa sa furie ne change rien au monde ou si peu.

L’enfant qui en a oublié sa colère demande:

Et qui gagne du bon ou du mauvais, grand-Père?

Le vieil homme répond simplement:

Le loup que je nourris.

J’aime bien cette légende, elle est comme une ritournelle et les contes m’ont toujours parlé. Ils ont l’avantage de vous ficher des images dans la tête. J’y pense souvent ces derniers temps à ces deux loups, loup blanc/loup noir. Quand ça gronde trop (en moi/dehors/à la télé/sur les réseaux) je me répète la réponse du vieux cherokee. Nourrir le loup que j’aime le mieux…