De L’œuf ou de la poule ?

Poule-et-oeuf

Un mois et demi que mon livre est sorti en France, et au moins deux au Québec, ça c’était la cerise sur le gâteau parce que j’ignorais la chose…

Un article a entériné le passage (Montréal) un autre sur le site d’Encres vagabondes, le troisième (l’article très local et tant mieux pour lui)… les autres sont à venir, j’espère, doigts croisés, bougies votives, exercices de confiance qui hésitent entre Coué et Thich Nhat Hanh (pour ne citer que lui)

Ce qui nous mène à la problématique de l’écrivain bien planté dans son époque, lequel a tout intérêt à être connu pour se faire reconnaître…ou bien l’inverse ? De l’oeuf ou de la poule ? J’adore cette interrogation absurdement judicieuse…

Voilà en tout cas une occasion en or pour expérimenter la pratique du « ici et maintenant » un joyeux mélange de détachement, créativité, relativité, humour, lucidité, acceptation, confiance et j’en oublie de plus paradoxaux…
Parfois l’exercice est drôle, parfois nettement moins, parce que la « chance » de l’écrivain tient à tant de choses mêlées…
Il faut y croire sans forfanterie ni vanité, il faut y croire même en dépit des apparences et –ce qui est plus ardu- il faut y croire « à priori » sans préjuger du résultat… Car quel qu’il soit, cela ne doit pas entamer la confiance ni abattre l’écrivain… Notoriété ou pas, celui-ci doit continuer, remettre son ouvrage sur le métier, jouer les pénélope ou les sages ermites, sinon, autant se reconvertir au macramé (on fait des nœuds avec ses doigts plutôt qu’avec son mental, un embrouilleur de première)

Cette « fois » c’est différent… d’abord je me sens autre que celle qui sortait son premier recueil de nouvelles, en l’an 2000, et qui croyait que le ciel s’ouvrait pour lui dérouler son tapis rouge (une variante de mes ancêtres les gaulois et leur ciel en chute libre…plutôt Moïse et sa mer, tout aussi rouge que le tapis glorieux…)
Etre publiée s’apparente un peu au baccalauréat. J’ai donc passé l’examen aux éditions du Rocher. Un passage obligé pour la suite…la suite, justement, c’est la reconnaissance… Si celle du public reste en apparence circonstancielle, la reconnaissance intime ne relève que de soi.

Ma naïveté je ne la regrette pas, elle m’a appris des choses. Et puis j’ai eu aussi de belles surprises. La plus savoureuse ? Etre publiée en chinois (4 nouvelles du recueil « Les hommes sont des petits poucets ») parmi quelques écrivains majeurs pour une revue au titre évocateur, World Literature, tout un programme. Le mistigri du lot, c’est moi ! En guise d’estampille, on reconnaît ma bouille, pour le reste les idéogrammes chinois prennent beaucoup moins de place que le français.

Certes, « je ne mange pas » encore écrivain, cette douce assurance – vivre de sa plume- appartient encore au domaine du désir caressé.

Est-ce vraiment si grave ? Parfois oui, quand j’expérimente la pesanteur et la gadoue ambiante, les factures (ah, mon plombier !) la course aux boulots qui paient et qui plaisent. Parfois il suffit d’un peu d’humour en regardant le monde autour. Ou regarder en dedans, regarder la forme de son désir, son moteur…

Pour la première fois, je reconnais pleinement un écrit. Il y a du noir dedans (comme tous les rieurs, j’ai une propension à m’y laisser glisser) mais aussi de la lumière, des paradoxes comme j’aime, une manière de raconter assez « impressionniste »… et surtout il y a adéquation entre mon regard et mon désir de dire. Voilà au moins une source de légèreté. La légèreté me paraît être un outil indispensable à l’écrivain, étendons d’ailleurs au plus large, à l’homme pensant…

De l’œuf ou de la poule ? De l’un et de l’autre évidemment, car l’œuf contient la poule –qui contient l’œuf- et le monde en réduction en prime !
Belle idée magique, non ?

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s