Trivialités et Merveilles…

écrire

https://pagesapages.wordpress.com/2009/06/22/l%E2%80%99amour-est-un-carburant-propre-de-virginie-jouannet-roussel/

 Le métier de l’écriture est une drôle de chose, d’autant plus singulière que l’écrivain bosse reclus et pour ce que la rumeur populaire en sait, il pourrait tout aussi bien faire une sieste, siroter une absinthe (pour le génie défaillant) ou jouer aux billes (cultiver son enfant intérieur)…

Pour beaucoup, écrire ce n’est pas travailler. C’est parfois très mal payé, (une rentabilité à faire pâlir d’envie un colleur d’étiquettes) ça ne sent pas la javel, ne donne pas droit à des tickets restau, et cela pourrait même vous faire passer pour dilettante… dilettante de cachets, sans doute, mais quant à croire qu’on peut allier paresse rêveuse et succès éditorial, mieux vaut oublier, car un écrivain sérieux est un pinailleur, acharné sur sa copie.

Le jour où l’on est publié, toutefois, votre entourage -du charcutier traiteur à la grand-tante- a tendance à vous considérer autrement… Vous devenez un « artiste » et vos éventuels coups de lune se trouvent ainsi justifiés. Quant au rapport qu’on entretient avec sa propre image, c’est une autre histoire…

Pour ma part j’ai décidé une fois pour toute de ne pas me réduire à un rôle, même aussi glorieux, je ne porte pas de plume à la boutonnière et je me fais ménagère quand je torchonne, mère de famille quand je croise mes filles, lectrice quand je lis pro (en mettant au tiroir mes goûts perso) AVS quand j’assiste. Ce qui ne m’empêche pas de sacrifier aux affres qu’on imagine, de trébucher dans les pièges de l’ego, ceux de la légitimité, ou de rosir quand un lecteur me dit son plaisir ou son trouble.

Au cours de mes pérégrinations d’auteur, j’en ai rencontré d’autres et j’ai pu apprécier la diversité de la population… l’écrivain aspirant et maudit qui rêve de pourfendre les éditeurs, l’auteur publié mais-pas-encore-connu, ou un brin –l’échelle varie et ces degrés sont subtils- l’écrivain bourlingueur de longue date qui vit, respire et s’habille écrivain, l’écrivain frustré qui n’a jamais écrit, j’en passe de plus saisissants…

 

Je suis passée par là, j’y repasse parfois, mais depuis 15 ans que je m’y colle je suis moins dupe des pièges et j’ai appris au moins une chose : quand l’écriture n’est pas une fanfreluche mais une nécessité, elle devient un outil à fonctions multiples, mieux que le couteau Suisse. Un outil de connaissance intérieure et une façon de regarder l’autre, le monde, d’apprendre à vivre, « d’ouvrir » large.

Longtemps, j’ai sacrifié à l’adage implicite : « Il faut souffrir pour avoir du talent ! » puiser au loin, au profond, dans le noir. Et puis la légèreté est venue, d’abord en acceptant les règles du jeu, même si elles ressemblent parfois à un casse-tête chinois (ou un mode d’emploi Ikéa, décidément il me tient celui là…)

 

Plaire aux éditeurs, arriver au bon moment, faire la rencontre heureuse, surfer sur la vague est une chose qui ne doit pas se faire au prix d’un reniement ni celui de la complaisance. Alors trouver l’équilibre… Accepter que je ne suis pas toujours une bête de concours du rond de jambe mondain (pourquoi pas les comices agricoles tant qu’on y est !) Prendre les refus pour ce qu’ils sont, des outils encore… Quant aux « oui », ceux qui vous assomment parfois autant que les « non » (j’ai testé ! 40 de fièvre à ma première « médaille » de concours) ils sont tout aussi formateurs, pour peu qu’on atterrisse après avoir lévité !

 

Mon dernier recueil est ma plus belle aventure éditoriale. Or, malgré quelques jolis échos, ce ne sont pas tant les circonstances extérieures et médiatiques qui expliquent mon plaisir (de ce côté-là, je brûle encore des cierges, je porte des toasts aux anges, et je m’agite pour trouver des idées brillantes de promo) mais plutôt parce que je « reconnais » ces textes. Je me répète, je sais, mais j’aime y revenir (championne toute catégorie quand il s’agit d’aller pinailler sur le sens des choses)…

 

Si je peux espérer la reconnaissance publique, la mienne vient en amont et cette légitimité est assez neuve, finalement… J’ai reconnu « L’amour est un carburant propre », l’enfant est officiel mais il y a plus encore… Je m’aperçois que j’attends moins la légitimation d’un éditeur. Et j’ai pu ainsi reconnaître d’autres textes, un recueil poésie (celui-là est en passe d’être publié, merci Neil !) une adaptation théâtrale montée –seulement – deux fois mais formidablement ! un témoignage refusé pour l’instant auquel je crois pourtant –j’y reviendrai dans une chronique, le sujet et ses formes le méritent !…

Et je comprends alors que ce n’est pas tant le but qui est essentiel que le cheminement qui mène à celui-là, la façon qu’on a de marcher, l’accord harmonieux entre soi et les autres. Etrange paradoxe de devenir soi pour mieux s’ouvrir au monde. J’y vois un secret « magique » aussi évident que compliqué, un paradoxe absolu comme je les aime, qui sonne un peu comme « De l’oeuf ou de la poule »…

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