Le parcours du combattant ou un ruisseau qui va au fleuve ?

amazone

Un mail est tombé, Sarah Funel, l’attachée de presse des 400 Coups, m’écrit, je cite « Il s’est vendu à 330 depuis parution. C’est un bon chiffre par rapport à nos autres titres en littérature »

J’avoue que pour le « coup » je n’ai pas grimpé au plafond, ni chuté à la cave non plus, qu’on se rassure, je suis encore suffisamment lucide sur l’édition pour en connaître les difficultés… Mon premier recueil avait fait un « beau » score avec la réédition, environ 3000 exemplaires, du moins je le suppose, le service après-vente de certaines maisons laissent un peu à désirer question transparence et commodité…

Il n’empêche, je continue à m’étonner de la frilosité de nos médias quand il s’agit de parler de la nouvelle ou de la promouvoir. Le genre implique-t-il –sauf miracle nommé Gavalda- la quasi clandestinité ? A moins bien sûr d’avoir un nom déjà pailleté en suffisance pour espérer attirer l’attention du journaliste-chroniqueur !

Je ne suis plus tout à fait profane en la matière et je me balade aussi des deux cotés de la barrière – auteur, lectrice « pro », jurée, lauréate, acceptée, refusée- j’ai vu comment cela fonctionnait, de la petite à la moyenne maison d’édition et même dans certaine maison importante pour qui je travaille. Quelles que soient les différences, les circonstances, les aléas et les lois du marché, il reste une étape incontournable, celle de la promotion.

Un petit casse-tête chinois en guise d’exemple : certains lecteurs me demandent quand je passe dans telle ou telle ville faire une signature… Ma foi, pas tout de suite ! Pour « signer » un livre il faut être connu un tant soit peu (le serpent qui se mord la queue, me direz-vous) et si par miracle on décroche le pompon (il existe des libraires un peu fous, forcément indépendants, qui invitent les auteurs peu connus) mieux vaut savoir où l’on met les pieds : le chaland est avide de gloires estampillées- et à la télé c’est encore mieux !

J’écarte la librairie de « son » quartier (voir « les aventures d’une signeuse » ). Restent les salons du livre, qui demandent autant de patience que d’humilité pour un résultat souvent peu probant.

Chacun a sa stratégie et j’ai peut-être trop usé mes sandales au long de ce parcours du combattant, justement, pour foncer le cœur battant droit dans les miroirs aux alouettes (ça casse et ça pique !) Dix ans de concours de nouvelles, quelques salons –polar surtout- ça vous met du plomb dans le cerveau et un peu dans l’aile, je parle des illusions ailées bien sûr, pas de ma face angélique que je ne voudrais pas déplumer. Mes plumes me sont utiles, toutes sans exception !

Alors quoi faire ? La retap dans les salons-où-il-faut-absolument-serrer-des-mains ou dans la boîte branchée et parisienne du moment? Pas vraiment dans ma nature.

Internet ? C’est fait !

Le siège des rédactions culture ? heu…juste un mail qui n’a rien donné, les réponses c’est pas des masses dans la politique des Grands occupés. D’ailleurs, si je m’y colle vraiment à ces soirées branchées, j’écris quand ? Planquée dans les toilettes du dernier salon où l’on cause ? Ou bien entre 3 et 4 heures du mat, grisée par les bulles de champagne ou mieux encore par l’absinthe qui rend fou et forcément génial ?

On peut aussi être écrivain et normal, c’est ce que je me tue à répéter aux gens qui me trouvent vachement « humaine ». J’ai pas encore de puce bionique et je dors comme tout le monde (d’où mon incapacité à arpenter tous les fronts justement, du salon salonnard au mien de salon, où trône mon ordinateur).

Je ne suis pas non plus une bête de plateau télé (pas celui qui se mange, l’autre) mais après tout z’ont qu’à m’inviter pour voir, ça pourrait faire un carton ! Je regarde cette surenchère médiatique, la frénésie d’être là où il faut –the right man in the right place- sous les sun-lights, la façon de parler haut et fort, accrocheur et provocateur parfois qu peut vous aider à décrocher la queue du Mickey… Oui, mais encore ?

Inutile de mentir, je ne suis pas prête à changer ma « normalité » contre un plumeau de paon pour séduire les zappeurs-blasés-branchés ; je persiste à croire qu’on peut y arriver autrement.

Et je me demande, avec ces 330 exemplaires, si ma petite rivière finira par se jeter dans le grand Fleuve au lieu de prendre son temps dans les méandres.

En attendant, j’ai un texte sur le feu…

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4 réflexions sur “Le parcours du combattant ou un ruisseau qui va au fleuve ?

  1. Une façon de résister au syndrome Star AC, le zapping à tout crin, la « pipolisation »…je crois que fondamentalement je n’y crois pas, pas plus que le hasard ou la chance

    Vive les p’tites rivières, donc (mais on les empêche pas d’aller au grand Fleuve!)

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  2. Le problème des « petites rivières », c’est qu’elles ne sont pas souvent indiquées sur les cartes ! à part ça, je suis ébahi que vous soyez parvenue à avoir les chiffres de vente de votre livre au bout de trois mois. Moi, je n’y arrive jamais, il me faut toujours attendre le date contractuelle (bon, ceci dit, je n’en suis qu’à ma deuxième expérience du genre).
    Bone suite en tout cas à l’amour carburant !

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  3. je pense que c’est l’avantage des « petites » maisons (étant entendu que le terme « petites » est relatif) mais aussi une histoire de rencontre, de personne… Il y aura toujours des gens pour dénoter heureusement dans le cadre de leur travail, ceux qui vous donne plus que le minimum syndical estampillé par le règlement, ceux qui font leur boulot avec cœur et bon sens… et c’est valable partout, chez le boucher, à la poste, dans les maisons d’édition,et même les ministères (j’ose l’espérer)
    mais je n’ai pas toujours tous les renseignements et pire même: il m’est arrivé de trépigner pour obtenir mes droits d’auteur -qui ne s’élevaient pas à un million de dollars pourtant… (et à ce propos il faut que je m’y recolle cela va faire trois ans sans nouvelles) certaines maisons, pourtant très connues, ont des indélicatesses surprenantes…comme quoi!

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