Laisser reposer que la pâte lève… ou la rentrée de septembre

 goscinny rentrée

Les vacances d’un écrivant ne ressemblent jamais tout à fait à celles des autres, amateurs de pâtés de sable, de trekking, qu’importe. La question qui se pose n’est pas mer ou montagne, farniente ou tourisme intelligent…on est plutôt dans la variation entre écriture et lâcher prise, nécessité d’avancer et envie de buller.

Longtemps je me suis levée tôt… résolument décidée à finir un texte avant la rentrée fatidique!

Pas cette année. Cette année avec mes deux mois devant et un roman en chantier à reconstruire entièrement, j’ai décidé d’ignorer la « nécessité » (avec culpabilité et chrono en aiguillons) pour laisser naître un processus neuf. J’ai alterné des journées d’écriture -entre 7 et 8 heures quotidiennes pour les meilleurs jours- et les jours blancs, sans aucun travail, aucune culpabilité non plus, à l’intuition… et j’ai regardé cette alternance entre le faire et l’être, moi au milieu.

Pas facile justement d’ « être » quand on a pris l’habitude d’écrire au point de sentir que celle-ci est devenu un axe majeur de son existence. Dépouillé des mots, de cette rigueur d’écrire qui peut être douloureuse mais qui semble donner un sens à l’être, il reste Soi face aux petits riens de la vie. On est nu, royalement nu… et un peu frileux même par 38 degrés à l’ombre (ah Toulouse!).

Parfois on se demande même si on est pas un peu bancal, en manque d’équilibre, dépendant de cette épaisseur étrange. La mienne revient à quinze années de sédimentations -que je me garderai d’énumérer ici, c’est une histoire longue- sans compter ces lectures par milliers qui m’ont menée imparablement à « dire les mots » à mon tour.

Quand on pratique le regard conscient -sur soi, les autres, le monde- les questions ne manquent pas. Celle de la dépendance, de la liberté, de l’être et le faire, etc, etc. Écrire peut balancer entre deux notions paradoxales: se protéger du monde -entouré de ces mots en guise de carapace ou de coussin moelleux en réinventant une réalité à coups « d’Il était une fois »- mais aussi pénétrer dedans plus avant comme on bâtit un pont, avec au bout les autres, fatalement lecteurs. On est d’abord ermite pour devenir passeur, dans l’idéal. Car écrire pour soi tout seul n’est pas un but très épanouissant. Je ne parle pas du petit ego réclameur -il existe mais ne prend pas une telle place, justement!- je parle de cette part du Soi qui aime partager avec l’autre. L’équilibre est subtil, exigeant…

Évidemment je n’ai rien terminé. La rentrée approche et elle n’est pas mince, mon texte qui ne l’est pas non plus va reposer en l’air, prendre de la patine, révéler ses failles mais aussi ses forces, il prendra forme ou place par un étonnant processus de métamorphose. Je pense à une métaphore idiote et prosaïque, un truc que j’ai remarqué à force de déménagements: quand on remplit un lieu tout neuf avec armes et bagages, les meubles peuvent mettre un certain temps à occuper le terrain, à remplir l’espace harmonieusement. Cela peut prendre quelques heures ou quelques jours, parfois cela ne se produit jamais (signe qu’il faut repartir!). Un texte a également besoin de ce temps de latence pour se laisser voir… il lève et prend de l’épaisseur dans le meilleur des cas comme une pâte de boulange, révèle des creux qu’il faudra pétrir à nouveau ou des grumeaux à extirper.

Ces deux mois n’ont pas été vains, quel que soit le résultat de mon travail (Publication? J’ai compté les étoiles filantes, alors…)

J’ai appris à écrire en liberté, sans compter les heures pleines ou creuses, sans préjuger du résultat, plutôt centrée sur le moment présent. Et c’est le plus beau cadeau que je pouvais m’offrir, écrire et « laisser faire ». Je me suis bien aimée en écrivain attachée à sa table -ou à son coussin, pour le confort de mes cervicales!- et je ne me suis pas fustigée en bullante de rien du tout. J’ai balancé les questions quinquennales, le calendrier, les bons points ou le bonnet d’âne pour chercher un chemin au delà… et j’ai découvert sur la longueur que quand on ne force pas les choses, aiguillonnée par le petit égo tyrannique et trouillard qui adore les chronos, celles-ci s’épanouissent en douceur et en force.

Le grain germe, la pâte lève et je fais après tout un mitron très présentable…

belle rentrée à tous!

René Goscinny

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