L’atelier d’écriture ou la petite fabrique des souffles

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Pour un redémarrage c’en est un beau!

Avec Sophie Razel, créatrice de l’atelier d’écriture Le Jardin d’Hiver à Lille nous entamons un atelier dans le cadre de la journée de lutte contre la misère, en octobre, superbe projet initié par la mairie (département Lille Solidarité).

Hier avait lieu la première séance. Moment magique pour l’auteur que je suis, émerveillant pour la curieuse enthousiaste, grisant pour l’animatrice, de quoi recharger mes batteries un peu à plat en ce moment! Je me suis rempli le cœur, j’ai reconnecté l’envie profonde d’écrire, de partager, de faire naître ce qui est tu, enfoui, caché, et je l’ai fait avec des gens qui portent leur douleur dans le silence.

 Il est des instants où l’écriture prend tout son sens -son essence même!- et les mots toute leur puissance. Il n’est pas question de « joliesse », encore moins de convention littéraire chère aux intellectuels, il est question de parole vive, de l’audace du verbe, cet instant initial où le souffle anime. La forme suit, elle ne précède pas.

Tout le travail de Sophie et le mien sera de conserver cette vitalité et de l’habiller pour lui donner une forme, une cadence, son tempo juste.

Tour à tour passeuse et receveuse, je me suis tenue sur mon fil, dans un équilibre de partage qui s’apparente à une danse, un pas de deux, de trois, de dix…

Sans dévoiler le fond ni la forme de cet atelier, j’ai réalisé combien ces hommes et ces femmes sont prêts à jouer le jeu, à se livrer sans fards ni conventions dès lors qu’on leur donne quelques outils et qu’on établit une véritable écoute.

Je n’ai rencontré cette liberté d’écriture que chez les enfants et les adolescents, sans doute parce que ces gens qui vivent en situation de précarité se retrouvent bien malgré eux « hors-jeu » -celui de notre société- mais aussi hors conventions. Et dès lors que le cadre est fissuré, la liberté s’installe, l’intuition fuse, et le plaisir -palpable!- est un moteur de création, l’écriture devient une catharsis qui s’établit dans le jeu littéraire.

La cohésion du groupe s’est établie très vite, nourrie par les échos et le souffle narratif de chaque texte. La suite coule de source, elle consistera à tisser une polyphonie de voix en conservant cette mosaïque de paroles.

Les participants sont repartis visiblement enchantés, émus, comme après avoir découvert sur eux même une chose intime et précieuse et c’est bien le cas! Ils n’ont pas été les seuls.

Tiens, avant de finir, une jolie synchronicité pour la route de qui veut: en me rendant à Lille, hier, j’ai fini « Tea-Bag » d’Henning Mankell.

Petit aparté : cet homme là, je l’aime d’amour, et je parle bien de l’homme qui contient l’écrivain, et non pas de l’Écrivain éminent animé… Mankell est sans conteste l’un des grands de la littérature vivante (lui aussi, qu’on se rassure!)

 Bref, arrivée à l’atelier, et encore pleine du récit de cet homme que j’aime, je me suis sentie soudain un brin « schizophrénique », comme jetée dans une situation qui ressemblait à celle que vit Jesper Humlin, l’écrivain de Tea-bag. Et j’ai adoré!

(NB: tout de même, non, je ne m’appelle pas Jesper et je ne suis pas hypocondriaque)

Allez, ma petite boucle finale en forme de devise: l’union fait le souffle, ô combien!

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2 réflexions sur “L’atelier d’écriture ou la petite fabrique des souffles

  1. …je suis venue à cet atelier sans savoir où j’allais tout comme je suis tombée sur vote site par hasard à l’instant…j’ai, grâce à ces quelques heures, retrouvé le goût d’écrire que j’avais perdu depuis la publication de mon livre il y a 2 ans et depuis mes errances et autres galères qui ont suivies et amenée de Paris à ici…retrouvé aussi et par là-même ce sentiment de joie profonde voir de « béatitude » qui sait m’accompagner quand j’écris et je crée… Merci à vous et votre équipe, au plaisir de vous lire un jour…A LA SEMAINE PROCHAINE…

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    1. voilà! je viens de vous lire…
      C’est un cadeau partagé, savoir que l’on peut donner ou redonner le goût, la flamme, l’élan… et comme c’est joliment dit, la béatitude d’écrire! En atelier, si elle n’existe pas, à mon sens c’est que quelque chose est raté.
      Ce serait formidable si vous apportiez votre livre pour la dernière séance!

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