Il était une fois…ou la question de la forme, les ricains, Stieg, la muse et les homards nus

The-Mysteries-of-Stieg-Larrson

Je suis souvent surprise en lisant des billets sur la politique éditoriale française, de percevoir le déchaînement des passions et parfois la rancœur qui pointe…
Écrire n’est pas chose facile, on le sait tous, se faire publier est un parcours du combattant qui requiert un cœur solidement accroché. La question récurrente des refusés peut se résumer à «pourquoi Lui/Elle et pas moi?». Lui/Elle parfois considérés comme des infâmes pistonnés qui ont pondu une merde commerciale.
Plutôt que de m’engager dans cette polémique j’aimerais remonter en amont, à la genèse du manuscrit, l’écriture…

Je suis une lectrice insatiable de littérature étrangère. Depuis quelques années, j’achète peu français mais je lis beaucoup de manuscrits en veine -en peine?- de publication, cela compense…

J’ai grandi avec Flaubert, Maupassant, Zola, Hugo, à 15 ans j’ai pleuré sur Belle du Seigneur, à 16 j’ai avalé Tournier, le Tournier des romans au long cours..
Je déguste volontiers des petits bijoux de concision, romans courts ou nouvelles (avec une préférence pour les étrangères, encore et toujours) mais rien ne me fait davantage saliver qu’un gros livre qui me tiendra compagnie quelques jours. Un livre qui raconte une histoire.

Je ne me suis tout simplement pas remise du «Il était une fois…»

Il y a en France un culte excessif du style, une adoration de la forme qui relègue parfois l’histoire au rang de prétexte. Dans certains cas extrêmes peu importe ce qu’on raconte du moment que c’est bien dit… comme s’il suffisait de savoir enfiler joliment sujet verbe complément pour faire un livre! Et avec le «nouveau roman» ce culte s’est ancré davantage, pour donner naissance à un courant d’écrivains esthètes; certains font dans la logorrhée (mais de style!) d’autres dans la concision poétique pleine de sens.

Tiens une petite digression pas si «digressive» (pardon aux puristes, peux pas y résister, les barbarismes,, comme une sale gosse!) j’ai eu vent de la polémique qui a suivi la publication de Millénium, à propos de sa traduction… Pour ma part, j’avoue que je me contrefiche des éventuels subjonctifs glissés après «après que», du reste je ne les ai même pas repérés, happée que j’étais par le souffle, l’envergure vertigineuse de ce triptyque! Stieg écrivait peut-être «simplement»(une critique récurrente) il n’a pas hésité à flirter avec des registres sanglants mais quelle puissance! Je pense à Balzac, au risque de faire sursauter les puristes, (calmez-vous les gars, je parle de l’envergure, pas du style) ce monstre de travail qui «torchait» parfois ses pages, furieusement déversées, et je me dis qu’il n’aurait pas boudé l’autre géant suédois…

L’écrivain français pense et le dit haut et bellement, à se demander parfois s’il regarde des conneries à la télé comme tout le monde, s’il fait la queue au supermarché ou s’il lui arrive de jouer les homards nus et d’oublier son état d’écrivain. Car il s’agit bien souvent d’un état, parfois de son identité première. Bien davantage que le plombier ou le prof (quoi que…) l’écrivain se balade dans l’existence précédé d’une oriflamme, celle du gars qui pense et qui connaît ses subjonctifs sur le bout des doigts.

Il n’y a qu’à voir comment on considérait les ateliers d’écriture il y a peu. La levée de boucliers du «le talent ça s’apprend pas, il vous tombe du ciel, balancé par la muse vénérée»…Tiens donc!

Quelques élongations Proustiennes, des assouplissements lexicaux, des gammes de concordance et hop, nous voilà fin prêt à devenir L’Auteur! Et seul…Immensément, intensément seul! Le créateur n’est jamais aussi génial que quand il se fait ermite ou Vestale de la page blanche…

Quant aux américains, rien que des bourrins, qui croient que l’écriture ça consiste d’abord à apprendre à raconter une histoire, à poser une intrigue, z’ont d’ailleurs pas hésité à élever le polar au rang de roman noir!!

Nous, ont fait des différences bien plus nettes. Des cases, des étiquettes, des limites à ne pas dépasser ou alors sous pseudos, planqué derrière l’anonymat. Je ne suis pas loin d’imaginer que l’auteur considère le nègre comme un «écrivant» de seconde zone, un tâcheron honteux.

Alors tout cela appliqué à l’aspirant écrivain, la somme des fantasmes, ce culte de la forme additionné au travail -souvent long- suivi par le désir de reconnaissance -légitime!- n’est pas sans conséquences (collatérales comme dirait le colonel Machin à Rambo)

Bizarrement, dans ma fonction de lectrice, je lis beaucoup de thrillers «à la manière de»…mais hélas sans la matière!

Dans ma fonction d’auteur, d’«écrivante» ou de tout autre nom qu’on préférera donner à la chose, après avoir sacrifié moi aussi au piège du style maintes fois peaufiné, je m’attache de plus en plus à l’histoire, la cohérence interne, le souffle qui anime, bref la chair plutôt que le bronzage, en filigrane.
Bien sûr que j’ai l’oreille musicienne, suis française tout de même, je ne vais pas me renier ni saloper la cadence, je m’attache à ma petite musique, celle qui fait mon style, mais plus seulement par goûts des accords, plutôt pour faire naître l’émotion au delà l’intellect.

Je n’hésite plus à trancher dans le vif, surtout quand il s’encombre de trop de forme. J’utilise les sens pour le sens. En bref, je ne me résous pas à la pose figée, je continue de chercher, entraînée par mes «Il était une fois…» des premières légendes.

PS: En dépit du paradoxe, mon pseudo n’est pas Smith ou Chang. Quand je vous dis que je ne me renie pas….

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5 réflexions sur “Il était une fois…ou la question de la forme, les ricains, Stieg, la muse et les homards nus

  1. …TOUT CECI EST BIEN JOLIMENT DIT…ah pardon, je vais essayer d’écrire sans vouloir faire de rime…histoire de mettre en pratique ce que tu m’as « appris »…SUIS D’ACCORD, BIEN TORCHE , MESSAGE RECU ET Z’ONT QU’A ALLER SE FAIRE FOUTRE CES DEFENSEURS DE LA LANGUE DE MOLIERE… ça te va?( LOL, of course…). Mon pseudo, for my next book : Mary Rochel

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  2. à plus, j’espère vite du reste… toujours pas vu la braderie de Lille en vrai et qui sait… sinon pour l’atelier!

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  3. …appelle-moi ou email moi dès que tu rentres, mais on se croisera peut-être à la fameuse braderie que je n’ai moi non plus jamais vue en vrai). j’y vais le samedi avec ma tante…j’espère que les vacances sont belles…

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