Jeux de mots, jeux de l’ego

p Foreman

Ces derniers temps, les méandres m’ont conduite -plus ou moins de bon gré- à regarder l’égo dans le dessin de mon tapis.

Quand on écrit, qu’on se dévoile à un public, l’ego joue fatalement un rôle et pas des moindres. On me dira qu’un boucher-charcutier aussi possède un ego, j’en conviens d’autant plus volontiers que s’il y a une notion qui m’a toujours agacée c’est bien celle de «l’artiste» et sa place à part. Le «Oui mais je suis un artiste, donc je pense et je ressens pas pareil» ou, pour faire large, la terrible et formidable sensibilité de l’artiste qui semble résumer son être entier, ses égarements ou ses grâces.

Moi, j’ai tendance à revendiquer mon statut d’être vivant, debout de préférence et c’est déjà immense! (ou minuscule, c’est selon les jours et cela revient au même)

Il se trouve qu’en plus d’être vivante j’écris, je pense et ressens vivement, certes, mais je m’insurge contre cette étiquette façon panneau publicitaire: «Artiste, attention, convoi sensible». Je ne suis pas la seule à «sentir», Dieu merci, et les gens m’intéressent mille fois plus derrière l’étiquette que réduits comme des têtes Jivaro.

Encore une raison d’aimer les enfants. Il ne s’agit pas d’angélisme, plutôt de cette liberté du monde des «encore neufs» qui se passe de masques ou de conventions. J’aime la compagnie des enfants, j’aime les regarder car ils jouent pour jouer, et vivent «sérieusement». Les adultes, il me semble, jouent gravement à cache-cache derrière les étiquettes -sociales, pro, culturelles, etc- tant et si bien qu’ils finissent par y croire. Ils sont dentistes ou artistes ou PDG, Mère ou Ministre -quelquefois les deux- et en oublient d’être qui ils sont…

Pour en revenir à l’ego et à l’écrivain, c’est un vrai travail de conscience, déterminer quelle place l’ego prend, quel jeu il édicte, quelles illusions il peut générer. Car l’ego est un grand pourvoyeur d’étiquettes. Écrivain maudit, écrivain connu, écrivain de salon, écrivain populaire, écrivain qui pense, écrivain qui souffre, écrivain qui passe à la télé, écrivain qui mange la soupe ou qui crache dedans, etc, etc. La liste est loin d’être close, elle pourrait faire un roman, n’en déplaise à mon ego qui se contentera de quelques paragraphes.

Ma vie en creux et en envols m’a menée à prendre conscience d’une chose assez surprenante à propos de mes textes -publiés ou dans le tiroir. Plus cela va, plus je me détache facilement d’eux. Rien à voir avec de l’indifférence ou du reniement, non, plutôt le détachement de l’être et du faire. L’ego, je crois, se dilue de plus en plus aisément face à la réalité.
Pas très clair, tout ça… pas simple à expliquer, mais très «sensible» à vivre!

Pour être plus explicite, je prendrai l’exemple de « Vestine, une légende noire ». Ce monologue a été la source de plein de petits et grands bonheurs -et l’ego s’est régalé!- d’abord parce qu’il est entré dans une maison prestigieuse, ensuite parce qu’il m’a valu des retours incroyables, des compliments dont beaucoup d’auteurs rêveraient. Mais… mais j’ai réalisé aussi que je n’étais pas «que» l’auteur de ce texte.
Je mange -et pas grâce à lui!- je vis, je carambole, il m’arrive de me cogner à des aspérités comme tout un chacun. Et puis le texte vit sans moi! Depuis j’ai écrit, notamment un scénario à quatre mains, quelque chose de tout à fait différent! Léger, plutôt joyeux, rien à voir avec « Légende noire ». Rien d’aussi grave, rien d’aussi profond, rien d’aussi « beau »!

 Je remercie ma nature d’avoir pu jouir de cette liberté là, car je n’ai pas boudé mon plaisir, j’ai été très sérieusement dans le jeu de la légèreté. Je crois que si j’avais cru à mon ego -ou à ses illusions- je me serais fatalement posé la question du sérieux de l’affaire, de mon statut d’écrivain: celle qui a publié « Vestine, une légende noire » et qui reçoit de très beaux compliments pour ça, peut-elle écrire « Les pieds dans l’eau » ? (NB: co-écrit avec Benjamin Nicolas, je le cite, mon camarade «Mec», d’autant qu’il n’a pas hésité à me houspiller, me pousser et à tailler allègrement dans mes paragraphes en se fichant complètement de mon statut!!)

Et bien oui, elle peut, et avec allégresse en plus!

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