Le pas de l’ange

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Le pardon, c’est de dire voilà, je prends la pleine responsabilité de ce que je porte. Framboise Causse parle ainsi de sa vie, après un viol dont elle a mis quinze ans à sortir. (« Pardonner » un reportage de Mireille d’Arc)

J’ai pris ce témoignage en pleine figure, son évidence, la beauté de ce visage rayonnant. Elle dit encore :« Je ne suis pas responsable de ce que cet homme a fait mais je suis responsable de ce que j’en ai fait, moi, de cette souffrance que j’ai entretenue pendant quinze ans. »

Sortir de l’esprit victimaire. Le sentiment qu’on a été blessé injustement et que le monde, la société, les agresseurs nous doivent quelque chose. Se tenir ainsi toujours dans un sentiment d’attente impossible, d’attente de réparation, comme si de l’extérieur pouvait venir la solution ou l’apaisement.

Le pire peut-être c’est la généralisation opérée par celui qui souffre.

« Un seul être vous manque et tout est dépeuplé ». Voilà bien le problème !

Un seul être vous blesse et bientôt on attend d’être ménagé, réparé, regardé, comblé par tous, parce qu’on a été victime. Et ainsi on bâtit une identité. La souffrance dévore le monde, elle devient le pivot de notre vie, son ressort, elle donne la cadence avec ses “Oui mais là ce n’est pas possible. Ça demande trop de légèreté. De bonheur. D’enthousiasme”.

La victime (icône judéo-chrétienne?) avance lourdement empesée par le poids de ses douleurs. Et finalement tout le monde finit par croire et identifier ce statut douloureux.

Bien sûr que l’apaisement vient plus facilement quand la société ou ceux qui ont blessé réparent, mais l’essentiel n’est pas là…

La libération de la souffrance et de ses revendications ne peut venir que d’un travail intérieur, un travail de conscience. Les victimes ne se libèrent jamais vraiment tant qu’elles s’identifient à leur douleur. Le pardon n’est qu’une étape. Se libérer du poison de l’attente miraculeuse, de la certitude que les autres vont réparer. Et que c’est à eux de le faire.

Quand on décide qu’on est responsable et créateur de sa vie, alors la vie peut changer. Et on laisse derrière soi les vieux habits du souffre-douleur.

On marche à son pas, sur le fil de soi.

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