La punition d’Eve

A et E Klimt

Une femme sur trois victime de violence dans le monde. A été, est, sera.

La phrase cueille comme un coup, on s’arrête. Une sur trois. On regarde autour de soi, on regarde les mères, les sœurs, les filles. Le non qu’on a peut-être pas osé crier on le ressent de toutes ses fibres quand il s’agit d’une plus fragile, d’une bien-aimée. D’une autre.

Qu’est-ce que ce constat vient réveiller chez certaines d’entre nous ? Qui sommes nous ? A partir de quel instant/geste/parole doit-on dire un non radical, définitif, un non qui sonne « jamais » et pas seulement non-mais-quand-même… Qui d’entre nous n’a pas toléré un dérapage, une petite violence de circonstance ou encore davantage ?

« Un-deux trois, nous irons au bois… » Laquelle n’a pas pressé le pas, la trouille au ventre, laquelle ne s’est pas imaginée l’affrontement, laquelle n’a pas frôlé l’abîme ? Dans les bois nichent des bêtes sauvages, on nous a tant prévenues, Filles naïves qui oublient que le loup se cache aussi dans les villes, dans nos maisons, dans notre lit. Chéri, comme tu as de grande dents !

Nous le savons, n’est-ce pas ?

Il était une fois, dans les temps si anciens que seules les pierres se rappellent, les Grandes Déesses régnaient sur le monde invisible. C’est vers elles, les Déesses-Mères, que se tournaient les prières des hommes. Puis vinrent les dieux qui ne tardèrent pas à chasser ces créatures bien trop équivoques qui régnaient sur la nuit, la naissance et la mort. Ensuite vinrent les prêtres et les prophètes, toujours un pas devant, précédant la femme douteuse, femme à soumettre, à rabattre, à réduire, femme à ventre, tantôt piège à luxure, tantôt matrice sacrée.

Quand allons nous nous affranchir de ces légendes, ensemble, hommes et femmes ?

Il est temps de transcender nos mythologies et sortir de ces jeux de rôles, ces jeux de bourreaux, de victimes, de peurs héritées et entretenues, inlassablement rejouées par ignorance. Par delà toutes ces histoires de magiciennes et de catins, dire des non absolument clairs, des non sans haine et même sans colère qui sonneront d’autant plus fort qu’ils seront prononcés sans souci de sexe. Non, ni gifle ni empoignade, ni coup, ni abus. Non à la loi d’un plus fort.

Oublier nos idées battues et rebattues sur l’éternelle question des sexes opposés, préférer la loi d’équilibre ou un rêve de polarité. Tenter le premier pas, la première évidence, et finalement comprendre que nous sommes responsables de nos légendes.

Adam et Eve, Klimt

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4 réflexions sur “La punition d’Eve

    1. « …dire des non absolument clairs, des non sans haine et même sans colère qui sonneront d’autant plus fort qu’ils seront prononcés sans souci de sexe. » Je n’étais pas assez clair ?

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