Marcel qui court avec les loups…

 parole

Quand le premier accord Toltèque insiste sur la « parole impeccable » il ne cause pas forcément de jurons mais plutôt de la responsabilité de celui qui prend la parole.

Il existe des cercles de paroles où les règles sont strictes : celui qui parle va au bout sans être interrompu et ses propos ne sont pas débattus, simplement écoutés. Puisqu’on ne peut intervenir, que ce soit pour renchérir, contredire ou approuver, il ne reste plus qu’à entendre sans chercher ce qu’on va bien pouvoir répondre intelligemment. Ça peut provoquer quelques démangeaisons au début et puis il se produit une chose étrange. En écoutant l’autre on se surprend à le comprendre mieux, non pas à travers soi mais pour ce qu’il est. Et savoir qu’on sera entendu sans réserve, ça change la donne. Pas besoin de trouver des arguments à posteriori, le genre : Je sais ce que tu vas dire mais je t’arrête tout de suite je ne suis pas radical/de gauche/de droite/ anti ceci/ pro cela et de toute façon j’ai raison et si tu me contredis c’est que tu es radical/de gauche/ de droite/ anti etc.

Il suffit de se décaler de quelques pas des réseaux sociaux pour éprouver quelque chose d’analogue. En écoutant le brouhaha des opinions, on mesure mieux leur violence.
Le problème n’est pas de savoir ce qui est juste ou pas, honorable ou condamnable, c’est la façon dont on le hurle. La forme balaie le fond, parce que si t’es pas d’accord t’es un con de radical de gauche de droite, un sale anti-pro à foie jaune mais si tu es d’accord t’es mon meilleur ami-à la Vie à la Mort (la mort de l’autre, le con qui a tort, bien sûr !)
On se prend au jeu. Et au sérieux ! Quoi ! Bidule me contredit ! Il nuance et pinaille alors que je viens d’exposer mes tripes en deux sentences imparables ! Bidule est un traître ! Un Trouducul ! Un PN !(comprendre pervers narcissique, très en vogue sur les RS -réseaux sociaux, faut suivre les gars!-) Alors on l’écharpe en place publique, en quelques mots bien sentis -ou des insultes quand on a pas mieux en rayon.
La cacophonie enfle, tout le monde s’y met. Les journalistes, les lecteurs, les Murs, les tweeteurs, les apostropheurs, les philosophes avec ou sans comptoir et ça discute de tout ; les sujets les plus légers (Bimbo a-t-elle besoin du brevet pour passer au Grand Journal ?) les plus terribles aussi ( On est tous égaux devant la Mort et l’Éternel mais y’a quand même des morts nécessaires, pas vrai, Marcel ? Des nettoyages d’écuries d’Augias qui se perdent, des dommages collatéraux qui sont bien dommage, mais bon, faut être REALISTE, on fait pas d’omelettes sans casser des œufs… Et puis là bas y sont pas tout comme nous, pas vrai ? Nous, on a la peau délicate, on saigne plus rouge et on a fait la révolution, ça fait une paie mais bon, on va pas non plus pleurer sur toutes les Misères du Monde, pas que ça à foutre, y’a FOOT à la télé ! Ah non ? C’est fini ? C’est les allemands qui ont gagné ? Ben c’est pas plus mal parce que les allemands y sont quand même plus voisins que les Argentins, Ho, Marcel?!)

Et puis il y a le lynchage. Bien public, façon pilori (à croire que la révolution elle a pas juste écrit Fraternité au fronton de l’inconscient collectif). Y’a celui qui se prend une volée de bois vert et des insultes en prime pour un tas de bonnes et de mauvaises raisons. Pour cause de différence. D’avis contradictoire. Pour un détail. Parce qu’on a trébuché. Parce qu’on s’est mal exprimé. Parce qu’on a été pris la main dans le sac. Alors on juge/on se fait juger à l’emporte pièce et tant pis si ça saigne ! Ou si on coupe un peu trop, qu’on condamne un peu vite, sans savoir. Et si en plus les journalistes s’y mettent pourquoi pas nous ?

Ceux qui se prennent la vague de plein front sont rarement les professionnels de l’évitement, les Haut-perchés qui ont une tripotée d’avocats pour faire le boulot. Et de toute façon ce n’est pas le problème. On peut juger du fond si on est juge, réfléchir sur les choses si on aime réfléchir, estimer, évaluer, donner son avis parce qu’on est pas des purs esprits avec des ailes dans le dos. Mais on est pas des irresponsables non plus, des Marcel sans conscience, et la prochaine fois qu’on aura envie de hurler en meute, si on pouvait juste se mettre à la place de la brebis ou son copain, le bouc émissaire ?

Parce qu’en définitive on saigne tous aussi rouge que l’autre.

PS : j’aime beaucoup Marcel, faut pas croire…

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