Charlie

bougies

Je suis Charlie. Et je suis Cabu et Charb et Honoré et Georges et Tignous et Bernard et Michel et Elsa et Mustapha et Frédéric et Ahmed et Franck.

J’ai du mal à écrire parce que beaucoup de choses se mélangent même si la tristesse et l’espoir dominent. La tristesse pour ceux qui sont tombés, pour le rire brisé net. Ce rire espiègle, grossier, noir, iconoclaste, ce rire d’enfant qui se fout des ratures, qui n’est pas toujours très fin mais qui est sain parce qu’il ébranle le sérieux des façades et des dogmes. Je me rappelle notre fou rire, avec mon amoureux, qui a duré une après midi et qui le secouait encore hier, en se remémorant cette Une de Charlie Hebdo. C’était pendant les derniers J.O. Le dessin intitulé « Non au port du voile aux JO » montrait une sorte de superman ridicule passant une ligne d’arrivée devant des coureuses en plein effort, et on se répétait en boucle la réplique de l’une d’elles « Farida, on voit tes couilles ! »

L’atteinte au rire explique sûrement une part de l’incroyable élan qui empoigne tant d’hommes et de femmes depuis hier en brisant pas mal de clivages. Quelque chose d’inexplicable si on s’enlise dans les comparaisons. Oui, les hommes saignent tous pareils, les attentats il y en a chaque jour dans le monde et ils tuent des hommes, des femmes, des enfants, toutes religions confondues. Oui, nous sommes beaucoup à les pleurer en silence, jour après jour, à rager de notre impuissance. Hier pourtant l’émotion s’est incarnée et à secoué les impuissances. Ce ne sont pas seulement des gens qui sont tombés, c’est cette atteinte à une liberté qui nous est chère, presque viscérale. Alors entonner « Je suis Charlie », allumer des bougies, dessiner des crayons, rire et pleurer et se tenir en silence avec des milliers d’autres c’est aussi résister. Résister à la peur, à la haine comme un hommage pour eux qui n’avaient pas de haine, juste des indignations et leur crayon.

Moi aussi, comme Bertrand Guillot dont j’ai adoré le papier

(http://secondflore.hautetfort.com/archive/2015/01/08/republique-5528583.html)  je redoutais un peu les polémiques. J’en ai lu quelques unes sur FB. Mais il y en a eu très peu finalement, hier. A la télé, dans la rue, sur la place de la Liberté, à Bayonne, ce qui flottait c’était l’émotion, un partage, une fraternité et elle avait belle allure !

Il ne faut pas s’y tromper : répondre aux barbaries par la haine et la surenchère ne résoudra jamais le mal. Mépriser l’élan qui nous porte et chercher la petite bête (bien immonde) ne réglera rien. Alors oui, j’ai de l’espoir, oui, j’y crois, et je me fous de mesurer mon espérance ou faire la part entre utopie et réalisme ! Hier, avec ces bougies, ces pancartes, ces regards c’est comme si on les avait brusquement rallumées ces lumières de notre pays, comme si on retrouvait ce qui a fondé notre démocratie. Alors ce soir j’en allumerai une autre que je mettrai à la fenêtre.

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