Vestine, une légende noire

V

Une jeune femme noire, 27 ans environ est assise sur un canapé. A côté d’elle une jambe, posée sur un coussin…

  « Il faut dire que le type en question était un antillais à peau bleue et moi les nègres je ne pouvais plus les voir en peinture, tous des soldats et des tueurs alors quand le facteur sonnait à la porte je courais me planquer dans l’armoire, j’aurais rampé rien qu’à l’idée qu’il me touche, il portait sûrement une arme dans son sac, il pouvait nous arroser à tout moment, tchak-tchak-tchak, avec son sourire et sa peau bien cirée, mais moi je savais, je la connaissais la joie des hommes en armes, quand ils rient et tirent dans les têtes, comme des ballons ou des pastèques, tchaktchak-tckak, ils rient au feu d’artifice des têtes éclatées ! »

  « J’avais appris à parler français et c’est comme si les mots chassaient l’Afrique. Je lisais Zola, Mon bel oranger, des histoires de Rois Louis, de Révolution Française; à la télé je regardais les pubs où des jeunes habillés comme des sacs rivalisaient en Nike, Adidas, Schott et j’embrouillais les marques, j’embrouillais le monde, un jour à baigner dans le sang des morts, un autre à rêver devant un paire de baskets vraiment trop cool. A l’école –direct en CM1- une dame martelait que les plaques de dix forment une centaine, que le verbe fait l’action, que trois fois quatre égale douze. En Afrique, j’avais appris des choses qui n’existaient pas ici. Des choses violentes. Que la colère germe comme des petits haricots rouges dans le cœur des soldats. Que la mort frappe en plein jour, et qu’elle pue. »

Vestine Mukagataré « celle qui vient de la pierre » raconte pèle-mêle les vaches alsaciennes, Nine et ses drôles de cigarettes mauves, les règles de grammaire, la course pour ne pas mourir, la thérapie avec le bon docteur Bernstein, l’amputation, les trous dans la mémoire pointilliste, les stigmates qu’elle porte gravés sur sa peau, les bébés rouges ou les corps carcasses… Et le monologue jaillit, interpelle, avec au coeur du récit, comme une plongée en apnée, les cinq jours terribles où Vestine se perd dans l’enfer du génocide rwandais.

J’ai voulu aller sous la peau pour dire l’indicible, mêler la lumière au sombre pour raconter l’histoire de Vestine. Il m’a fallu travestir l’intime, prendre de la distance avec la Vestine trop familière pour aller toucher, chez moi et l’autre, la justesse d’une cadence, d’une voix…

Virginie Jouannet

Quelques retours (fabuleux!) et critiques blog… extraits:

« …Un monologue, magnifique, un monologue road-movie, qui cherche son interprète, son metteur en scène, son théâtre. Un monologue, qui souligne que la résonance des massacres supplante les idéologies et le temps, mais que les enfants « en marche » transcendent le pire, quand on recueille minutieusement leur légende, qui ne nous est pas si étrangère…« 

Sylvie Chastain, alias PLUME http://unfauteuilpourlorchestre.com/?p=447 http://unfauteuilpourlorchestre.com/

« Là encore, un style incisif, puissant, qui ne s’encombre d’aucune fioriture. Bouleversant. »

Journal Marianne

http://www.marianne2.fr/Trajectoires-de-l-ado-blesse_a184901.html

« Dans Vestine, une légende noire, la voix qui s’élève porte haut. Les mots transpercent, touchent au cœur, dans ce récit de l’indicible, fluide et fort à la fois. C’est un récit magnifique que nous offre Virginie Jouannet Roussel: puissant, d’un seul tenant, et porté par une énergie incroyable…
Impossible de s’en détacher lorsque l’on commence à le lire, car cela réduirait Vestine au silence. Et ces mots, nécessaires, doivent faire leur chemin jusqu’à nous.« 

Christine Jeanney

http://jeunesseapages.wordpress.com/2009/10/09/vestine-une-legende-noire-de-virginie-jouannet-roussel/

Un des grands bonheurs du métier de libraire est la rencontre avec des textes comme Vestine. Je souhaite de tout cœur qu’il rencontre un large public : c’est une leçon de vie puissante, magnifique. J’espère qu’il vous ouvrira grandes les portes de l’édition pour que l’on puisse vous lire à nouveau très bientôt.En attendant, pour ce texte-là, mille mercis.

Libairie Mollat

Vestine Mugakataré… Par la voix de Virginie Jouannet Roussel, elle se raconte dans un vibrant monologue empli d’ombres et de lumières, de terreur et de rires… Vestine se lit d’un souffle, en apnée tant le texte est puissant, magnifiquement construit, portant en son coeur le récit de l’effroyable génocide vécu par une petite fille de 11 ans. Autour de ce cœur noir, toute la force de vie de la petite rwandaise devenue alsacienne, revenue à la vie par la force des mots extraits de sa nuit. Un texte universel qui dit tout à la fois l’horreur et l’extraordinaire pouvoir qu’a l’humain de la dépasser. Magnifique.lire et à faire lire à partir de 13ans

http://blogs.mollat.com/blogados/tag/virgine-jouannet-roussel/

Voilà le nouveau coup de poing de la collection : le récit brut d’une rescapée du génocide rwandais.Ce n’est pas un témoignage réel mais on ne lâche pas cette histoire et elle nous tient encore longtemps après l’avoir finie. Pouvons nous réellement tiré des leçons de l’Histoire ? En ayant connaissance de toutes les atrocités commises de part le monde, comment pouvons nous encore tuer des êtres humains. Une légende noire comme la nuit. (VA)

http://entreleslignes.hautetfort.com/archive/2010/01/12/coups-de-coeur-romans-coups-de-coeur.html

Je compris rapidement que c’était du lourd, comme dit si élégamment mon fils, et qu’on ne sortait pas innocent, ni indemne, de ce récit… Et je suis parti dans l’aventure…Personne ne sort innocent de ce récit. Il nous renvoie à nos propres peurs, à nos lâchetés inavouées et prêtes à jaillir…«L’œil était dans la tombe et regardait Caïn» disait le père Hugo. Ici l’œil devient froid et contemple les massacres… Avec pudeur, et avec force.
Virginie Jouannet Roussel met tout son talent d’écrivain dans ce récit puissant, dérangeant et généreux à la fois. À lire absolument.

Jean-Michel Boulanger

http://www.facebook.com/home.php?ref=home#/note.php?note_id=151836399319

«… Vestine, je fus saisi, dès tes premières paroles, par ta vitalité. Tes mots, leur articulation — surtout celle du genou devenu prothèse —, cette rencontre avec Nine, ah! Nine, et comme tu t’amuses à nous — enfin, me — donner quelques leçons d’orthographe et de grammaire. Vitalité qui ne m’a pas tant étonné; la souffrance enfouie en est un bon terreau… Tu aimes te jouer de la cocasserie de nos conditions; tes yeux pétillent; ils invitent à sourire, à marcher…PS : Virginie, merci. (je vais offrir ce livre, ce souffle, à ma fille)« 

Arthur Morneplaine
http://www.facebook.com/arthur.morneplaine?ref=mf#/note.php?note_id=158958712962

Débordant de vérité. Excellent
Jacques

J’ai été dé-routée au début comme si ce ton d’écriture allait avec mon envie instinctive de ne pas aller moi aussi sur ce chemin de massacre avec Vestine. Évidement que les mots ont pris le dessus et je me suis laissée prendre par la main avec encore le refus de voir. ce n’est pas tant l’horreur, les atrocités, les absurdités, enfin toutes ces informations que nous avons entendues en 1994 autour de cette guerre de frères; non, c’est la douleur….après la lecture du texte de Virginie, je vois une déesse mère archaïque chargée de tout un savoir auquel nous avons eu accès au travers de ce récit tout en pudeur et poésie, malgré l’innommable. Virginie! Je trouve enfin ce que je pense; tu as su nommer cet innommable.

Corinne
http://www.facebook.com/profile.php?id=627952672&ref=profile#/profile.php?id=1027666986&v=app_2347471856

Votre texte va avoir un « coup de coeur » fnac forum… Aussi bouleversant que cette émission de Madeleine Moukamabamo sur le génocide et rediffusée dernièrement…

Alix L
http://livre.fnac.com/a2693923/Virginie-Jouannet-Roussel-Vestine-une-legende-noire?Mn=-1&Ra=-1&To=0&Nu=1&Fr=0

Ce récit n’est pas un documentaire, ce n’est pas un reportage sur les faits, ce n’est pas une explication, ni un récit historique, ce récit, c’est comme une copine qui vous raconte ce qu’elle a vécu, une copine qui tente de rassembler ses souvenirs, qui se confie à vous, qui raconte son histoire de l’intérieur, ce qu’elle a ressenti, même si parfois les souvenirs sont en pointillés…C’est un très beau « roman »… Longue et heureuse vie à toi Vestine…

Stéphanie
http://livresados.blogspot.com/2009/10/vestine-une-legende-noire.html

C’est un beau récit sensible et complexe qui mêle les évènements anciens au travail qu’il a fallu accomplir au présent pour retrouver le goût de vivre et de rire.
http://www.croqulivre.asso.fr/spip.php?rubrique237

Vestine n’est pas une pleurnicheuse. Elle l’affirme et s’affirme, au fil des mots simples qui tissent une histoire de sang et de peur. Celle des massacres de 1994 au Rwanda. Elle nous dit la fuite, le cœur qui cogne, la fièvre qui ronge, la langue hutu interdite, les mensonges des adultes, l’oubli volontaire – « Il ne faut pas se poser de questions quand on court. Ni regarder en arrière. » Elle nous dit la mort sur la route, les corps qui s’abattent comme des herbes fauchées. Elle nous dit l’indicible, Vestine L’horreur est sans larmes. Pleurer est notre affaire, nous qui compatissons sans toujours savoir ce que ce mot signifie, nous qui lisons ce livre fulgurant, tendu comme un arc entre l’histoire de Mukagatare / Vestine et la nôtre. Vestine marche, pleure, rit : emboîtons-lui le pas.

Christine Féret-Fleury
http://www.leshistoiressansfin.com/romans/12-ans-15-ans/vestine-une-legende-noire/lhsf-livre.tpl.html

Je l’ai lu et je dois dire que j’ai été très rapidement frappé par la violence du propos. Une fois de plus, j’ai refermé le livre vérifiant le terme jouxtant le nom de l’éditeur : « Junior », Actes Sud Junior…. Alors laissons aux parents le choix de cette décision, mais, pour ma part, il me semble que cette prise de conscience doit être faite au plus tôt dans l’échange et la concertation…Bravo et merci ! Vos mots sont forts, maitrisés, soutenus par une « colonne vertébrale impeccable », ce terme que vous connaissez bien.

Francis
http://www.facebook.com/topic.php?uid=29969403704&topic=11974#/note.php?note_id=182730552007&ref

Vestine, une légende noire est de ces livres dont on ne sort pas indemne, qui à jamais marque un lecteur. Cette histoire racontée avec des mots simples et des images fortes, s’ancre en nous comme nulle autre. Il fallait aussi bien du talent pour mettre des mots sur de telles ignominies, Virginie Jouannet Roussel l’a fait.
Merci à elle, ce livre est une belle leçon de courage…

Jérôme Cayla
http://www.facebook.com//album.php?aid=115041&id=570024120&comments=#/note.php?note_id=188449271245

Quand je dis que je vais vous parler du livre, c’est juste une formule. Je ne vais pas vous en parler, parce que ce livre ne génère pas les mots, il génère des ressentis. Des rires, des pleurs, des envies de vomir et des espoirs fous…Vestine », tel que publié aujourd’hui, se lit d’une traite. C’est un souffle, une respiration, une mélodie, un tourbillon. C’est un livre d’une force incroyable, d’une beauté fulgurante, aussi bien dans l’horreur que dans l’espoir qui y survit.
Je ne vous en dirais pas plus, je ne saurai pas. Ce que je sais, simplement, c’est qu’on ne rencontre pas tous les jours un livre comme celui-là. Et que ça méritait donc que je ne garde pas cette découverte pour moi.
Au passage, chapeau aussi à Actes Sud. Ce livre, son contenu, et son histoire, est la meilleure réponse à ceux qui prétendent que les grands éditeurs sont des fainéants tous mous qui ne publient que des textes idiots, pondus par des peoples, par simple copinage et par facilité.

Gaëlle

http://gaellepingault.blogspot.com/2009/11/vestine-une-legende-noire.html

Concernant ton écriture: avec toi on n’échappe pas… ni à la vie, ni à la mort……….on vit les choses et les situations de l’intérieur….Tous les marchands de canons devraient lire ton bouquin!!!! Il est utile et nécessaire que ta prose soit diffusée car au fond de l’horreur c’est de la vie dont tu parles et même je dirais de l’horreur dont sont capables les hommes lorsqu’ils bafouent ce sacré…
Jean Marie

 

Autour de l’écriture de « Vestine, une légende noire »

(conférence écrite pour les Rendez-vous de l’Histoire,  Blois  2009)

Il était une fois ma jambe de bois » Voilà la première phrase de Vestine, une légende noire comme s’il m’avait fallu ouvrir cette histoire à la façon des contes d’enfance. Un conte violent qui parle de génocide, une histoire que j’ai portée longtemps avant qu’elle ne trouve sa forme définitive qui mélange l’intime et l’universel.

J’ai rencontré Vestine à son arrivée en France, à Strasbourg, en 1994. Vestine était rwandaise, rescapée des massacres, elle venait d’être amputée une seconde fois, parce que la première opération à Kigali n’avait pas été une totale réussite. Médecins du Monde l’avait placée dans une famille d’accueil. En juillet, à sa sortie de l’hôpital, nous avons passé quinze jours ensemble, avec mes trois filles. A ce moment là Vestine ne parlait pas français, elle venait de subir le pire et c’était une enfant surprenante. Je me rappelle nos rires, ses moments de silence et d’absence, son courage, sa curiosité et cette façon qu’elle avait d’avancer malgré la tragédie.

La semaine dernière, en réfléchissant à cette conférence, au thème du Corps (NB: pour la conférence de Blois) j’ai réalisé que le corps de Vestine a été central lors de notre première rencontre, durant ces quinze jours où nous avons vécu ensemble. Je me rappelle exactement du grain de sa peau, du moignon qu’il fallait masser chaque soir avant de dormir, du poids de cette enfant que j’ai portée un soir sur mon dos pour aller dans une ferme voisine, parce qu’elle n’avait pas voulu remettre sa prothèse. Je prends conscience que cette peau, ce poids là ont été essentiels pour comprendre et écrire une légende noire un jour, douze ans après.

En 97 j’ai quitté Strasbourg et il y a quatre ans, Vestine m’a demandé de raconter ce qui s’est passé pour elle pendant le génocide rwandais. Très vite, j’ai compris que ce ne pourrait être qu’un récit intime, une histoire que je devais m’approprier de façon quasi charnelle et cela pour plusieurs raisons. D’abord les souvenirs de Vestine étaient très pointillistes et si je voulais sonner juste, il me fallait dépasser le témoignage journalistique et me centrer sur les faits bruts vécus par cette enfant, à douze ans.Je n’avais ni envie ni compétence pour écrire un essai, et très vite je me suis rendue compte le peu d’éléments concrets, les souvenirs manquants ou tronqués de Vestine me conduisaient vers une narration différente, plus inventive, un récit où la part romanesque aurait une place. Je devais juste déterminer laquelle…

Vestine m’a raconté ce dont elle se souvenait, des bribes de mémoires et les cinq jours terribles passés sur la route, les jours de mort, de douleur absolue. Cela, je l’ai gardé -à un souvenir près- et il compose le cœur de mon récit.

Je dis mon récit parce qu’il ma fallu aller « sous la peau », entrer dans la chair pour comprendre par le corps la dévastation des sens, la douleur, le froid, le désespoir, la chair mutilée et la mort des proches, sous ses yeux de petite fille. Il y a nos deux corps dans ce récit: le corps martyr de Vestine et mon corps écriture…

Je compare souvent mon travail à celui d’un peintre ou d’un sculpteur et quand on m’interroge sur ma façon d’écrire, je dis volontiers que ça naît du ventre. Les mots, les phrases sont une matière à malaxer, tailler, couper et façonner. Je pourrais aussi parler de musique… Quand j’écris j’utilise mes cinq sens via la pensée. Les mots doivent prendre chair, couleur, odeur, goût et résonance. La métaphore est évidente avec l’accouchement et mon sexe a certainement à voir avec cette perception, bien sûr! Mais au delà de l’évidence je crois profondément que je n’écris véritablement que quand j’oublie le cerveau -ou disons que le cerveau fait office d’outil technique et logistique- pour aller chercher les mots dans la matière, la conscience du corps. Et pour ce récit là, c’était encore plus évident!

Je l’ai pourtant écrit deux fois, parce que ce que je vous dis en résumé aujourd’hui m’a pris du temps, 3 ans.

La première version, plus longue et poétique composait un témoignage hybride. Je crois que je n’avais pas pu entièrement me résoudre à occuper le terrain. J’ai voulu consigner chaque détail, chaque souvenir d’enfance qui revenait à Vestine, ils étaient peu nombreux et même étrangement aphones -elle ne se rappelait ni les chants, ni la langue, comme s’il y avait une occultation des sens, justement. Ce que j’ai entendu de Vestine c’était une sorte de récit distancé et pointilliste qu’il m’a fallu remettre en chair!

Cette première version -que j’ai appelé « Celle qui vient du rocher » a failli être publiée mais le texte a finalement été jugé trop hybride. Après deux faux départs, j’ai donc renoncé et j’ai rangé mon manuscrit dans un tiroir. Et puis l’été dernier, sous le coup d’une intuition j’ai décidé de le reprendre en m’écartant de la jeune femme que je connais pour inventer une Vestine romanesque qui me permettrait de trouver la distance juste. Pour des raisons de cadre, j’ai dû me résoudre à tailler dans le vif, à ôter toute la poésie qui comblait les manques, les trous de mémoires et surtout j’ai commencé à comprendre que je devais m’éloigner du modèle vivant si je voulais ouvrir mon texte. La Vestine familière me bloquait dans une sorte de fidélité rigide, il me fallait la trahir pour mieux la servir, passer de l’intime à l’universel.

Alors j’ai inventé une Nine, mélange de mes filles et de moi même, j’ai inventé un psychiatre et une famille d’accueil transposée, j’ai intégré de fausses anecdotes, dont celle d’un facteur -que je trouve aussi savoureuse que symbolique.

Voilà ce que je peux dire de la trajectoire du manuscrit. Il me vient encore une réflexion sr le thème du corps.

Pour témoigner du pire de l’expérience humaine l’écrivain doit inventer une langue. Bien d’autres avant moi ont dit la difficulté de parler de la Shoa, et c’est vrai pour chaque génocide, chaque massacre quel qu’il soit, individuel ou collectif. Ce que j’ai écrit et ressenti en partant sur la piste durant les cinq jours terribles vécus par Vestine rejoint le corps. A partir du moment où la foudre éclate, la foudre des fusils, j’ai imaginé un mental figé, suspendu, une pensée pétrifiée par la violence qui était faite au corps. Je deviens sensation, je suis les sens déformés par la terreur, mais certainement pas le raisonnement. Celui-ci fuit ailleurs. Mon écriture de ces moments là, je le réalise en réfléchissant aujourd’hui, a été intuitive, sensorielle, d’une certaine façon le mental se débranche ou bien peut-être se fait tout petit, comme un outil et je deviens canal pour laisser à l’intuition et à la conscience du corps les rênes du récit.

En fait c’est tout mon corps, pensée, chair et fibres qui a été l’outil de mon écriture… guidée par l’inspiration -je ne parle pas de l’inspiration fleurie ou romantique- ou alors oui, j’ai été inspirée mais au sens premier et sacré du terme!

Virginie Jouannet

coeur-ciel

mars 2009: Quand le ciel vous rattrape, ou les méandres des petits ruisseaux

Lundi 23 mars au matin, alors que je bouquinais (en me demandant avec mon second cerveau reptilien s’il serait vraiment difficile de renoncer à l’écriture, ça m’arrive, oui, oui!) j’ai reçu un coup de fil. forcément le SAV de Carrefour, je l’attendais, vu que ma machine à laver a rendu l’âme après 9 jours de vie et de loyaux services, noyée par ma chaudière encore sous garantie…je sais…je m’étale, mais c’est pour mieux raconter ma surprise quand j’ai entendu «les éditions Actes Sud» En dépit du brouillage, j’ai bien compris qu’il fallait oublier l’électro-ménager. (Le SAV est toujours muet, du reste)

Par un méandre comme la vie en propose souvent, l’éditrice Actes Sud était jurée dans un concours théâtral, le prix de la ville de Guérande. J’avais envoyé un monologue il y a quelques mois… Je reviendrai sur ce concours, mais je dois d’abord résumer en quelques mots l’histoire de «Légende Noire».
Il y a trois ans et demi, Vestine me demande si je veux bien écrire son histoire, et surtout raconter les cinq jours terribles durant lesquels elle a vu mourir les siens et où elle a été grièvement blessée. La mémoire de Vestine est pointilliste, si bien que j’écris un texte assez particulier, une sorte de témoignage romancé hybride qui manque être publié par deux maisons d’édition prestigieuses qui reculent au dernier moment. Je laisse finalement le texte reposer dans un tiroir, je passe à autre chose mais j’en garde un sentiment aigre doux…

L’été dernier, coup de palu, je décide un matin de réécrire le texte; non pas sous une forme journalistique, je m’en sens incapable, pas plus à ce moment de ma vie qu’avant, je ne le «sens pas» ainsi, j’ai l’intuition que si je renâcle tant, alors mes raisons sont bonnes. Je n’ai pas souvent ce genre d’état d’âme pour mes textes fictifs, je peux couper, jeter, retailler avec pas mal d’aisance (j’ai dû être tailleur dans une vie antérieure, ou Jivaro).
L’histoire de Vestine, non…
La seule façon possible c’est de m’éloigner d’elle, de la rendre plus fictive à partir du moment où elle arrive en France. Il me faut oublier la Vestine qui m’est intime, la trahir pour mieux la servir, en quelque sorte, tout en respectant l’élan romanesque.
Je veux frapper fort, saisir aux tripes d’emblée, sans la distance poétique ni la mémoire pointilliste que j’ai «brodé» auparavant. Ce sera donc un monologue théâtral. Une jeune femme noire, 25 ans environ est assise sur un canapé. A côté d’elle une jambe. Et le monologue jaillit, raconte, interpelle. Je garde le cœur du récit, ces cinq jours terribles, mais je coupe, j’élague jusqu’à la moelle…

Le texte est tout juste terminé que je tombe par hasard sur une affiche de concours. Cela m’amuse et me rappelle mes débuts en littérature, dix ans de concours de nouvelles avant qu’un recueil ne soit publié. L’édition théâtrale est difficile d’accès, je décide de me lancer à l’eau, même si mon texte, à peine sec, n’a pas reposé les semaines réglementaires dans mon tiroir avant l’ultime relecture, nécessaire pour un regard distancié.

Et puis «j’oublie»…l’habitude des concours m’a donné cette légèreté là. Je n’attends pas, ou plutôt sans impatience…combien de «non» ai-je reçu pour des médailles, des prix et quelques «oui»…D’autant qu’une fois encore je n’ai pas fait dans la norme rigoureuse…

Nous voilà revenus à lundi matin, à ce coup de fil d’Actes Sud. Quand la dame -charmante, forcément charmante!!!- me dit qu’elle a lu et s’est enthousiasmée pour «Légende Noire» je me demande par quel miracle… tout bêtement parce qu’elle a été jurée pour ce fameux concours. Trois autres personnes l’ont lu et aimé (dont Thierry Magnier et Jeanne Benameur!), trois qui le veulent pour une collection jeunesse/jeunes adultes qui favorisent les textes «lus»; elle s’appelle «D’une seule Voix»

Actes Sud, le «pinacle de mon panthéon perso» c’est ce que j’ai répondu à Didier Skorupa qui me félicitait. En passant, je remercie tous ceux qui m’ont envoyé bravos, clins d’œil, encouragements, etc. J’ai été touchée, en plus d’être ravie par cette nouvelle. Actes Sud m’ouvre ses portes et m’accueille, comme me l’a dit si joliment la charmante du téléphone.

Mon rêve se manifeste en «vrai».

dernières nouvelles:

le contrat est signé avec Actes Sud, « Vestine, légende noire » doit sortir en octobre dans la collection « D’une seule voix » (pour les curieux, je parle de la version théâtre dans la section du même nom)


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