L’enfant Do

Aylan
.
Dors, l’enfant do. Mes bras s’arrondissent pour bercer l’enfant mouillé, presque un bébé encore. Ses petites menottes ouvertes, la courbe de sa joue, son corps rond et doux, abandonné.
Pendant une seconde, la première, je dois faire un effort pour comprendre l’image gravée dans ma rétine, ineffaçable. Cet enfant là ne dort pas, il ne transpire pas (je me rappelle mon bébé de fille qui se réveillait trempée de sa sieste, ses boucles de cheveux collées sur son front humide) C’est l’océan qui baigne son front, pas un lange ou le pli d’un drap.
La mer l’a recraché. Image impossible, cette eau qu’on voudrait chasser pour ne pas qu’il suffoque.
Après cette image, même si je ne peux pas voir, parce qu’il est trop tard, c’est imprimé en moi, j’ose ce que je n’ai jamais fait pour bien des horreurs filmées, je clique sur la flèche vidéo, je regarde. Un homme se penche et saisit le petit corps, l’emporte. Il ne le serre pas, je me demande pourquoi. Moi, mes bras ne sauraient pas faire autrement, je crois. J’aimerais l’étreindre pour le contenir, cet enfant qui ne peut pas mourir.

Alors quoi? Il ne s’agit plus de quotas, de courbes du chômage ni de crise, il s’agit de se demander au fond du cœur pour quoi on vit, dans quelle conscience, pour quel pays, quelles idées se battre, travailler, aimer.

On ne peut plus fermer les yeux, pas avec cette image et ce prénom qui porte tous les autres, Aylan. Dors en paix, petit bonhomme…

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