Édition/Auto-édition ou le faux-débat qui cache la forêt

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C’est un débat, tiré d’un article sur le mur de Sophie Sophielit qui m’a poussée à prendre ma plume histoire de tailler 2,3 costards aux idées reçues…

J’ai commencé à écrire à l’époque antédiluvienne où on se démerdait seul, on envoyait aux éditeurs, on priait beaucoup et on se ramassait régulièrement. A chaque refus on rangeait les textes au cimetière des éléphants ou bien on les brûlait histoire de jouer les phœnix. Sans compter les cierges, les incantations, et l’affût du facteur… Bon, là je parle vraiment de la préhistoire.

Le chemin a eu le désavantage de rendre l’écriture plus ardue, la solitude plus noire mais, bon an mal an, il a eu l’infinie bonté de me rendre endurante, exigeante et d’aiguiser mon œil. J’ai appris à jeter sans pitié. Je suis devenue juge et partie, parce que j’avais compris au moins une chose, à force d’échecs et de petits succès : pour un postulant auteur ce qui n’est pas abouti n’a aucune chance de passer.

Mes premiers succès je les ai connus comme nouvelliste. C’est un recueil primé qui m’a ouvert la porte de l’édition. Autant dire que je me suis crue arrivée en Olympe, chez mes petits copains les dieux ; en réalité j’avais gravi une marche, la première.

Je n’ai jamais cessé de traquer les faiblesses, de retailler mes textes et de ré-écrire impitoyablement dès lors que quelque chose ne fonctionnait pas. Dans mes tiroirs il y a des pièces, des bouts de romans ou des récits achevés, des débuts éclatants qui n’ont pas trouvé leur issue. Ce n’est pas grave, cela fait partie du travail d’écriture. Parfois je n’envoie même pas un manuscrit que je juge dissonant.

L’auto édition est un choix honorable mais c’est aussi un raccourci pavé de pièges et l’illusion qu’on est écrivain parce qu’on a été au bout d’un texte. La tentation de garder « parce que c’est quand même pas si mal dit », parce que ça a coûté de la sueur, parce que c’est nécessaire pour soi ou parce qu’il y a des merdes publiées (!!!) etc, etc.

Les raisons sont légion. Pourtant l’écriture n’a pas vocation à être un pansement de l’être, une raison sociale ou un joli profil FB. Elle a vocation à dire et raconter et son auteur s’efface derrière cette impérieuse nécessité.
Ce n’est pas lui, suant, doutant, parfois enthousiaste, parfois désespéré, qui tient le devant de la scène, c’est le texte, l’histoire ou la théorie.

L’époque et les outils nous le font parfois oublier ; écrire est exigeant et ce ne sont pas les credo nourris aux like ni les selfies « Moi et mon Stylo » qui font l’auteur, plutôt l’endurance qui consiste à retourner chaque jour à sa table, habité d’une folle conviction. Écrire…

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9 réflexions sur “Édition/Auto-édition ou le faux-débat qui cache la forêt

    1. Bien sûr…Ce n’est pas tant cette intimité qui fait débat, d’ailleurs, plutôt la stratégie, chemin ou position qu’on emprunte après le texte. Le problème, souvent, vient aussi de la solitude de l’auteur, parce qu’il est difficile d’être juge et partie, de réfléchir sur ce qu’on a produit et d’en estimer la valeur, les faiblesses, etc… et d’accepter, de travailler avec la critique. Or, je crois que ce travail absolument nécessaire est rendu plus ardu encore aujourd’hui où tout va vite, tout est exposé, et parfois la parole ou l’écrit « revendiqués » comme étant une œuvre, au seul motif qu’elle est là, écrite, sans être passée dans le creuset d’un jugement/examen éditorial.

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  1. Outre que l’ecriture ne doit pas, à mon sens, etre un concours si ce n’est avec soi meme, ceux qui ecrivent ne partent pas de la meme ligne de départ et qualquefois ce qui est écrit est plus important que la mise en forme… Ceci dit votre texte a une merveilleuse vigueur….

    (Je m’excuse pour la ponctuation due à une tablette défaillante)

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    1. Merci pour le compliment, Spyros…Pour le reste, je suis d’accord, un écrivain n’est pas un compétiteur, plutôt un chercheur de voix(e), parfois spéléologue, parfois passeur d’histoires, il y a mille façon d’écrire, mille raisons aussi… Je crois que quand on cherche à être lu, publié, dès lors que l’écriture devient partage et/ou publique (là encore il y a beaucoup de façons de le voir) l’auteur a un « devoir » de lucidité, sur son texte, sa démarche, et aussi sur la qualité de son écrit(et dans qualité, il ne s’agit pas que de syntaxe, plutôt de la qualité au sens large). Un texte qui a pour vocation d’être lu doit dépasser le petit moi, l’oublier, sinon, il me semble, il est voué à la sphère plus intime. Je crois que parfois il y a des amalgames, parce que l’écriture porte en elle un véritable paradoxe, soi/Soi, intime/public.

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  2. Beau témoignage. Cependant pourquoi l’écriture n’aurait elle pas vocation, aussi, à être un pansement de l’être ? J’aime à croire que c’est, même, sa première raison. L’important c’est la naissance, et finalement la mise en habit n’est qu’un détail. Peut être.

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    1. Un pansement de l’Être, oui, pourquoi pas mais de quoi parle-t-on? L’écriture intime peut suffire. Ou la créativité, pour son seul plaisir. Dès lors qu’on cherche à publier, à être lu on tend à l’exemplarité, la transcendance, l’universel; c’est ronflant mais c’est ce qu’attend un lecteur pour être touché, un écho qui résonne en lui. C’est ce que j’attends comme lectrice. La démarche de l’écriture est intéressante aussi pour ce qu’elle révèle de soi, et il me semble que l’on doit faire le distinguo entre écriture publique et intime et de la même façon, entre parole publique (sur les « murs » aussi) et parole intime. Il ne s’agit pas de juger de l’Être, ni de la créativité ou de son bon goût, en revanche un texte publié tend à être estimé, soupesé, aimé ou critiqué…

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  3. En fait, je crois qu’il y a parfois un amalgame qui tourne autour de la légitimité et c’est dans le choix éditorial que cela se révèle. Auteur amateur; on écrit sur soi, de soi ou en tout cas de ce qu’on porte et « qui doit naître » et on l’expose. On décide de cette exposition et les moyens sont nombreux. Blog, mur, site, auto-édition etc. Ces choix de sont pas discutables…
    L’auteur publié par un éditeur accepte d’être évalué, critiqué, de retravailler son manuscrit etc. il tente de trouver un équilibre entre l’exigence éditoriale et la sienne propre (et parfois il doit entendre que son texte bien-aimé qui lui a coûté tant d’efforts ne verra pas le jour parce qu’il est bancal, ou trop intime ou ceci ou cela). Il attend de l’éditeur un travail (du coup il ne sera pas VRP de son texte) et éventuellement une exposition, un succès.
    Ce sont deux démarches différentes qu’on ne peut pas vraiment comparer au risque de créer la confusion et opposer ces choix…

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