Sous les ailes d’Hegoak

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Les Fêtes de Bayonne se suivent et se ressemblent : démesurées, joyeuses… Celles de 2016, pourtant, font exception. Plus belles encore, je crois, elles resteront dans les cœurs comme un souvenir à part, avec des notes inédites…

Il y avait moins de monde cette année. On circulait dans les rues beaucoup plus aisément, Arno, un ami festayre, m’a rapporté que pour le déjeuner du vendredi, souvent dédié aux entreprises, on ne faisait pas la queue, contrairement à l’habitude. Sur le pont St Esprit barré de plots bétonnés, la foule des badauds avait laissé la place à un flux nettement plus clairsemé… Indéniablement, il y a eu des défections parmi les touristes, beaucoup moins de jeunes venus boire immodérément (ça, ce n’était pas plus mal !) et pour ma part j’ai retrouvé un petit air de Foire au jambon qui ouvre la saison, en avril, où l’affluence concerne essentiellement les gens d’ici.

Dès mercredi, au-delà la fraternité habituelle qui unit les festayres et ce goût des réjouissances si particulier aux gens du Sud-Ouest, on sentait une volonté bien réelle, une détermination à faire la fête en conscience. On venait là célébrer la belle coutume, fraterniser et rire, boire et danser, mais on venait aussi pour ne pas céder à la peur, et en pensant à ceux qui avaient été frappés de plein fouet. Tous ceux que j’ai croisés affichaient cette énergie et un sentiment de solidarité plus net, plus volontaire. Ça vous filait le frisson, parfois, cueilli en plein refrain d’Hegoak, à voir ces visages éclairés de ferveur. Hegoak, l’hymne basque, parle d’un homme tombé amoureux d’une femme-oiseau symbolisant la liberté et dont l’envol est source de vie ; par amour, il renonce à lui couper les ailes.

Frisson aussi de voir sur les toits de la mairie, à côté des statues aux foulards écarlates, deux silhouettes de snipers découpés sur le ciel. Il était curieux ce sentiment d’être à la fois protégés et exposés, ce mélange paradoxal de lucidité et de lâcher-prise, de gravité et de joie obstinée. Oui, on y a tous pensé à cet inattendu possible et aux tragédies qui ont endeuillé notre pays, on y a pensé mais on était ici pour témoigner que l’unité et l’amour d’une terre valent bien qu’on se tienne debout, joyeux, résolus, vivants.

Hier, dimanche, c’était encore plus magique. Dès midi, j’avais rendez-vous avec Anne, Christelle et la bande des sœurs –Corinne, Nathalie et Sandrine. On a commencé par un apéro rue Ste Catherine, à la Spiritaine, puis on a filé place de la mairie, au bar du Théâtre pour manger. L’averse n’a découragé personne, on s’est davantage serrés sous les parasols, de toute façon, selon mes amies basque, une fête de Bayonne sans averse, ça n’existe pas. Étienne et Thierry sont arrivés pour le dessert et on a rejoint la peña Cacao, coincée entre les remparts où la foule en rouge et blanc se pressait en plein air, au rythme d’une bande-son  éclectique ! Sur le plancher posé sur l’herbe, l’affluence était telle qu’on avait peu de chance d’éviter quelques projections de bière et de rosé, quelle importance, cela fait partie du jeu, et les espadrilles ne survivent pas toujours à l’exercice. Au passage, j’ai récolté des compliments à faire rougir sur ma robe « cerises » qui restera désormais ma tenue des fêtes, tant elle a fait l’unanimité !

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On repart en direction du petit Bayonne, histoire de rentrer doucement, il est 19h passé, Thierry se lève super tôt demain mais c’était sans compter Stéphanie, croisée au Trinquet St André, où, malgré la cohue, quelques-uns trouvent l’énergie d’esquisser un rock forcément acrobatique. Pas question de rentrer avant le « dernier verre », Stéphanie veille au grain, on doit passer à la Treille, obligé, d’ailleurs il y a Pascal et puis Manue, et aussi Marie-Noëlle accompagnée d’un écrivain, comme moi. Stéphanie , c’est le comble de la Festayre. Chaleureuse, enthousiaste, une fêtarde au beau sens du terme. Curieuse, je lui demande « Tu la connais depuis quand, Marie-Noëlle ? » « Un quart d’heure ! Et elle est du quartier ! » (St Esprit, où nous habitons tous).

Voilà en trois mots l’esprit des fêtes. On se croise, on se bouscule et on s’en amuse, on lie connaissance, on trinque, on entonne des refrains avec plus ou moins de réussite (chaque fois je me promets d’apprendre par cœur Hegoak) on se sourit et les amis de mes amis forment une longue chaine de Festayres, la vie est belle, aussi simple qu’un sourire. Marie-Noëlle résume ça joliment quand elle dit: « ce sont les petits bonheurs qui font le grand bonheur »…

A la Treille, malgré les kilomètres de déambulation et les verres de rosé, je danse quelques rocks, emmenée par le beau Pascal. Accoudé au comptoir, je reconnais Daniel Herrero, une figure locale (rectif: Non, ce n’était âs Daniel Herrero, mais un genre de sosie, au temps pour moi!) Serge, l’écrivain, a fini par arriver, on nous présente et nous voilà partis à causer préférences, Céline,  Proust, Thompson pour lui, Dostoïevski, Faulkner, Mankell pour moi. Après quoi, un petit rock pour se remettre d’aplomb et un verre d’eau, si, si, pour finir en beauté !  S’il n’y avait le réveil matinal, je pourrais continuer encore des heures, portée par la magie des Fêtes.

Tard dans la nuit, après le feu d’artifice, au moment de la clôture, la foule entonnera une Marseillaise avec un cœur gros comme ça. Et moi, je m’endors avec le sentiment d’avoir vécu mes plus belles fêtes, emportée par les ailes d’un oiseau-Liberté.

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